Voici en vrac quelques petites choses pêchées çà et là:
- Melingo: “Maldito Tango”
Melingo c’est un gros, gros coup de coeur. On pourrait même presque dire, mais ce serait un peu exagéré, qu’il m’a réconciliée avec le tango.
Son premier album, “Santa Milonga”, arrivé à la Médiathèque en 2005, a inauguré deux rencontres: tout d’abord avec Melingo et son tango crade de guingois, ensuite avec le label Manana créé par un des fondateurs de Gotan Project : Eduardo Makaroff. Un label qui n’hésite pas à aller tâter le terrain loin du tango de salon avec plus – Juan-Carlos Caceres : “Murga Argentina” – ou moins – Mosalino y Quatuor Benaïm: “Clasico y Moderno” – de succès.
J’étais allée voir Melingo à l’Espace Senghor il y a trois ans (vraiment à la grosse louche, ça pourrait être deux ans). J’en garde un tout bon souvenir, il y avait une très bonne ambiance dans la salle, très décontractée, ça faisait un peu cabaret avec beaucoup de couleurs chaudes. Melingo a fait rire le public à plusieurs reprises (sauf moi, parce que je ne parle pas un mot d’espagnol et vu la quantité de gens qui riaient, je devais quasiment être la seule à ne pas parler espagnol ou alors, ils faisaient tous semblants).
Revenons à nos moutons musicaux, “Madito Tango” est tout à fait réussi. On y retrouve les mêmes ingrédients que dans “Santa Milonga” : une voix brute, un peu rauque, de fumeur; un tango des bas-fonds qui nous renvoie à une époque où le tango était une musique des quartiers mal-famés, de bars enfumés; quelque chose de rugueux, qui vient du ventre, brut; et ce petit côté de traviole.
J’ai bien l’impression que c’est vers cet aspect-là des choses qu’il est allé creusé sur ce dernier album.
Une réussite !
- Bibi Tanga et le professeur inlassable : “Yellow Gauze”
Un album plutôt soul/funk mais avec beaucoup de changements de style, ça part un peu dans tous les sens. Les arrangements sont remarquables et le chant est en adéquation parfaite avec les différents univers musicaux recréés.
- Driss El Maloumi/Ballaké Cissoko/Rajery : “3MA”
J’ai toujours un peu d’appréhension quand il s’agit d’une rencontre entre différents musiciens dépositaires de traditions musicales fort différentes. Pour le dire un peu brutalement, la sauce ne prend pas souvent.
Un collègue, Hamid, m’en avait dit beaucoup de bien et c’est vrai que les trois artistes sont vraiment remarquables. L’album de Driss El Maloumi : “Maroc: l’âme dansée” avait fait partie de mes chouchous de l’année 2005.
Autre argument favorable, l’album est sorti sur le label Contre-Jour. Une fois n’est pas coutume, c’est un label belge et il a édité de très bon albums : Gangbé Brass Band : “Whendo” (une fanfare du Bénin nourrie à la dynamite), Afel Bocoum & Alikbar : “Niger” (une perle !), 3 CD de Habib Koité (“Ma ya”, “Fôly! Live Around the World” et “Mosu ko”)…
Les trois musiciens jouent chacun d’un instrument à cordes, respectivement le oud, la kora, la valiha. Chacun de ces trois instruments est emblématique d’une tradition musicale. Le oud est indissociable des musiques arabes, la kora est l’instrument par excellence des griots, la valiha est une étrange cithare tubulaire en bambou typiquement malgache, quasiment considérée comme l’instrument national.
Chacun de ces trois instruments a un répertoire qui est très fort lié à une (ou plusieurs, pour le oud) tradition(s) musicale(s), il en fait partie, toute une symbolique est bâtie autour de l’instrument, sa création a même parfois un ancrage mythique. Pour la kora, notamment, il existe une légende qui raconte comme l’homme a découvert l’instrument.
Faire sonner ensemble des instruments ayant un “passé aussi lourd” – ce n’est pas péjoratif du tout, que du contraire – n’apparaît pas comme une mince affaire.
Et pourtant, ce mariage à trois est réussi. Contrairement à de nombreuses rencontres de traditions du même type, le résultat n’est pas intellectualisant. Parfois, il faut tellement s’éloigner de toute tradition pour créer une harmonie que c’en devient esthétisant, à l’opposé total de ce que les musiques du monde nous apportent de réalité. Que du contraire dans ce cas, tour à tour chaque instrument se retrouve à l’avant-plan tandis que les autres soignent la rythmique. Il y a énormément de spontanéité et de vie dans l’album, si bien qu’on en viendrait même à esquisser un pas de danse. Une belle performance quand on pense qu’il n’y que des instruments à cordes plutôt réputés pour leurs qualités mélodiques !
Discographie de Driss El Maloumi, Ballaké Sissoko, Rajery.
- Bako Dagnon : “Titati”
Une bonne chanteuse du Mali. On ne peut pas dire qu’elle ait révolutionné le chant griot, mais ce qu’elle fait, elle le fait très bien dans une lignée tout à fait traditionnelle.