Les Aventures de B. Log

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B. Log à la pêche juillet 18, 2008

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 4:03

Voici en vrac quelques petites choses pêchées çà et là:

- Melingo: “Maldito Tango”
Melingo c’est un gros, gros coup de coeur. On pourrait même presque dire, mais ce serait un peu exagéré, qu’il m’a réconciliée avec le tango.
Son premier album, “Santa Milonga”, arrivé à la Médiathèque en 2005, a inauguré deux rencontres: tout d’abord avec Melingo et son tango crade de guingois, ensuite avec le label Manana créé par un des fondateurs de Gotan Project : Eduardo Makaroff. Un label qui n’hésite pas à aller tâter le terrain loin du tango de salon avec plus - Juan-Carlos Caceres : “Murga Argentina” - ou moins - Mosalino y Quatuor Benaïm: “Clasico y Moderno” - de succès.
J’étais allée voir Melingo à l’Espace Senghor il y a trois ans (vraiment à la grosse louche, ça pourrait être deux ans). J’en garde un tout bon souvenir, il y avait une très bonne ambiance dans la salle, très décontractée, ça faisait un peu cabaret avec beaucoup de couleurs chaudes. Melingo a fait rire le public à plusieurs reprises (sauf moi, parce que je ne parle pas un mot d’espagnol et vu la quantité de gens qui riaient, je devais quasiment être la seule à ne pas parler espagnol ou alors, ils faisaient tous semblants).
Revenons à nos moutons musicaux, “Madito Tango” est tout à fait réussi. On y retrouve les mêmes ingrédients que dans “Santa Milonga” : une voix brute, un peu rauque, de fumeur; un tango des bas-fonds qui nous renvoie à une époque où le tango était une musique des quartiers mal-famés, de bars enfumés; quelque chose de rugueux, qui vient du ventre, brut; et ce petit côté de traviole.
J’ai bien l’impression que c’est vers cet aspect-là des choses qu’il est allé creusé sur ce dernier album.
Une réussite !

- Bibi Tanga et le professeur inlassable : “Yellow Gauze”
Un album plutôt soul/funk mais avec beaucoup de changements de style, ça part un peu dans tous les sens. Les arrangements sont remarquables et le chant est en adéquation parfaite avec les différents univers musicaux recréés.
- Driss El Maloumi/Ballaké Cissoko/Rajery : “3MA”

J’ai toujours un peu d’appréhension quand il s’agit d’une rencontre entre différents musiciens dépositaires de traditions musicales fort différentes. Pour le dire un peu brutalement, la sauce ne prend pas souvent.

Un collègue, Hamid, m’en avait dit beaucoup de bien et c’est vrai que les trois artistes sont vraiment remarquables. L’album de Driss El Maloumi : “Maroc: l’âme dansée” avait fait partie de mes chouchous de l’année 2005.

Autre argument favorable, l’album est sorti sur le label Contre-Jour. Une fois n’est pas coutume, c’est un label belge et il a édité de très bon albums : Gangbé Brass Band : “Whendo” (une fanfare du Bénin nourrie à la dynamite), Afel Bocoum & Alikbar : “Niger” (une perle !), 3 CD de Habib Koité (“Ma ya”, “Fôly! Live Around the World” et “Mosu ko”)…

Les trois musiciens jouent chacun d’un instrument à cordes, respectivement le oud, la kora, la valiha. Chacun de ces trois instruments est emblématique d’une tradition musicale. Le oud est indissociable des musiques arabes, la kora est l’instrument par excellence des griots, la valiha est une étrange cithare tubulaire en bambou typiquement malgache, quasiment considérée comme l’instrument national.
Chacun de ces trois instruments a un répertoire qui est très fort lié à une (ou plusieurs, pour le oud) tradition(s) musicale(s), il en fait partie, toute une symbolique est bâtie autour de l’instrument, sa création a même parfois un ancrage mythique. Pour la kora, notamment, il existe une légende qui raconte comme l’homme a découvert l’instrument.
Faire sonner ensemble des instruments ayant un “passé aussi lourd” - ce n’est pas péjoratif du tout, que du contraire - n’apparaît pas comme une mince affaire.

Et pourtant, ce mariage à trois est réussi. Contrairement à de nombreuses rencontres de traditions du même type, le résultat n’est pas intellectualisant. Parfois, il faut tellement s’éloigner de toute tradition pour créer une harmonie que c’en devient esthétisant, à l’opposé total de ce que les musiques du monde nous apportent de réalité. Que du contraire dans ce cas, tour à tour chaque instrument se retrouve à l’avant-plan tandis que les autres soignent la rythmique. Il y a énormément de spontanéité et de vie dans l’album, si bien qu’on en viendrait même à esquisser un pas de danse. Une belle performance quand on pense qu’il n’y que des instruments à cordes plutôt réputés pour leurs qualités mélodiques !

Discographie de Driss El Maloumi, Ballaké Sissoko, Rajery.

- Bako Dagnon : “Titati”
Une bonne chanteuse du Mali. On ne peut pas dire qu’elle ait révolutionné le chant griot, mais ce qu’elle fait, elle le fait très bien dans une lignée tout à fait traditionnelle.

 

B. Log et le journaliste de la RTBF à Werchter juillet 4, 2008

Classé dans : Aventures "à chaud" — B. Log @ 8:14

Une fois n’est pas coutume, hier soir, j’ai regardé le journal télévisé de la RTBF.
À la fin de l’émission, saison des festivals oblige, on retrouve Bruno Clément en direct de Werchter.
Le grand débat du festival, dixit la RTBF, c’est le prix du billet : 165 € pour les 3 jours. Mais après tout, dit Bruno Clément, aller voir un seul des artistes programmés coûte en moyenne 30 à 40 €. Etant donné que l’affiche compte pas moins de 60 groupes, finalement tout va bien, en allant à Werchter on RENTABILISE, on fait même des sacrés économies… Soit.

Pour expliquer cette hausse du prix du billet, Bruno Clément explique que les artistes demandent de plus en plus cher pour jouer à des festivals comme Werchter. Méchants artistes ! C’est pas gentil du tout ça ! Il fait état d’une augmentation de 500 %. Impressionnant, non ?

Bon, je sais bien, que pendant un journal télévisé d’une demi-heure, on n’a pas l’occasion de traiter de tout à fond. Mais quand même. Dire que ce sont les artistes qui demandent de plus en plus cher, c’est très très réducteur, non ? C’est faire l’impasse sur toute une problématique qui avait secoué le milieu des concerts, il y a quelques années quand Clear Channel avait débarqué sur le continent européen et plus particulièrement dans notre petit pays. À l’époque, beaucoup avaient pesté sur le fait que cette situation était quasiment monopolistique et que, en conséquence, le prix des billets de concert avait augmenté de manière exponentielle. On avait parlé que des petites salles, comme la Soundstation à Liège, qui refusaient de traiter avec le géant américain rencontrait de grandes difficultés…

La situation n’a pas changé d’un poil depuis lors. D’ailleurs, qui organise le Festival de Werchter ? Je vous le donne en mille : Live Nation… qui est une spin-off de Clear Channel.

Alors dire que le prix du billet c’est la faute aux artistes , bof, bof.

 

B. Log, l’oeuvre d’art et la mort juillet 3, 2008

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 10:16

Depuis quelques mois, les articles abondent sur des artistes qui, d’une façon ou d’une autre, mettent la mort en art. Il s’agit surtout de Gregor Schneider qui a le projet d’exposer un homme mourant au musée Haus Lange de Krefeld, en Allemagne et de Guillermo Vargas qui a secoué le monde de l’art contemporain (et celui de la protection animale) en exposant un chien agonisant.
Questionnement sur le corps ? Étape dans le travail consistant à repousser toujours et encore les limites de l’extrême, de ce qui est “exposable” ?
Ma grand-mère dirait en secouant la tête de gauche à droite et de droite à gauche d’un air désolé : “Mais où va-t-on ?”

Pour alimenter la réflexion, je vous propose un roman, que j’ai lu quelques jours avant que n’apparaissent les premiers articles sur le sujet. Le hasard fait bien les choses, isn’t it ?

Paru chez Actes Sud (je sais, je sais, la grosse majorité des romans que j’ai lus ont été édités chez Actes Sud, c’est grave, Docteur ?), il a pour titre : “Clara et la pénombre” et pour auteur José Carlos Somoza.
L’histoire se déroule dans un futur que l’on imagine proche mais la temporalité n’est pas définie clairement.
Dans ce futur, les tableaux et oeuvres d’art que nous connaissons sont complètement dépassés : ce sont des hommes et des femmes qui font figure de toile. Les artistes les peignent, définissent leur expression, leur posture… Ils sont entièrement redéfinis (dans le sens fort du terme) et deviennent oeuvre d’art. Comme tout bonne oeuvre d’art qui se respecte, ils sont alors exposés dans les musées, pour des expositions, dans des galeries et, bien évidemment, achetés et placés chez des particuliers.
L’auteur pousse l’idée encore un peu plus loin : non seulement, hommes et femmes, peuvent devenir tableaux, sculptures… mais ils peuvent également devenir des objets de décoration : lampe, table, chaise…
Dans ce contexte qui donne à réfléchir, on suit les traces d’une jeune femme, Clara, qui rêve d’être apprêtée par le plus grand artiste du moment. Parallèlement, une enquête est en cours sur le meurtre de plusieurs personnes qui font office de tableau. À moins qu’il ne s’agisse de la lacération de plusieurs oeuvres d’art… Chaque personnage aura son point de vue sur la chose : destruction de pièces artistiques ou assassinats.

Ce roman décrit un monde froid, glacial où il n’est pas de mise d’exprimer ses émotions. Elles sont présentes, palpables mais jamais communiquées. Le contrôle de soi est la norme, tout est rationnel et rationalisé. Cela créé inévitablement des tensions, les personnages étant perpétuellement au bord de la rupture.

Un roman qui donne à réfléchir sans vraiment proposer de réponses. (Le plus intéressant, c’est bien les questions, non ?) Il pousse à la réflexion sur différentes notions et concepts, et sur certaines dérives. Le Beau, le corps, le regard de l’Autre, la rationalisation poussée à l’extrême, l’individualisme, la liberté, une certaine forme de totalitarisme…

Un seul petit bémol : tous les actes des personnages sont expliqués en regard d’expériences vécues lors de l’enfance ou de la relation avec le père ou la mère. Je suis vraiment loin de partager cette vue psychanalytique des choses. On ne va pas se lancer dans le débat ici (c’est un sujet beaucoup trop vaste et complexe) mais, pour faire court, je trouve ça un peu réducteur de tout, tout, tout décortiquer de cette manière.