Vendredi 24 octobre à l’Ab dans le cadre du Skoda Jazz Festival : Seun Kuti en concert.
Une effervescence, un moment hors du temps, du genre de ceux dont on sort un peu ébahi, avec un retour au monde difficile, agressif, brutal, surmonté d’une pointe de regret.
Comme quand on fait un rêve si beau, si doux, si parfait… On se réveille et directement, on ferme les yeux, on rêve de se rendormir pour y retourner et, pour un instant seulement, revivre ces moments oniriques.
La réalité après de tels rêves apparaît toujours un peu terne, un peu fade.
Pourtant, dans l’univers de Seun Kuti, on entre sans même s’en rendre compte. Les lumières s’éteignent et ils arrivent l’un après l’autre, simplement, sans tralala. Directement, tout est en place et la musique gouverne.
Une section cuivre, une batterie, deux guitares, une basse, trois percussionnistes (l’un aux fûts, le second prend le rôle de métronome en entrechoquant sans jamais faillir deux bâtons de bois, le troisième avec une casquette fantastique secoue une calebasse), deux danseuses (nonchalantes, l’air de ne pas y toucher, je suis là sans être là, mais avec des mouvements époustouflants) et Seun.
Beaucoup de monde finalement et pourtant sur scène, ils étaient un. Avec une aisance, une fluidité, un équilibre des instruments, que finalement on ne remarque que quand le concert est fini. Mais oui, jamais un accord à côté, un musicien un poil pas dans le rythme, une fausse note, un solo un peu égocentrique tiré en longueur, chacun à sa place, ni trop à gauche, ni trop à droite. Tout “simplement”.
Seun est un lion : bondissant, rugissant, avec des gestes brusques, hachés… mais un lion souriant.
Il se donne totalement à la musique, son corps est musique, tendu sur son instrument, tordu sur ses paroles. Son corps semble même parfois trop petit, pas assez malléable pour contenir tout ce qu’il contient, exprimer tout ce qu’il y a à exprimer. On l’imagine parfois dépassé par cette force qui émane de lui et qui le fait danser de façon syncopée.
En même temps, son visage est ouvert, accueillant, souriant, spontané, illuminé.
Il expliques les paroles de ses chansons, il parle de l’Afrique, de ses révoltes mais de façon très naturelle, voire même sereine, sans surenchère, sans nous prendre à partie.
Le contraste est saisissant entre ce calme, cette sérénité sur le visage et dans les mots et ce bouillonnement dans ses mouvements, dans son corps.
Et le public est conquis dès les premières notes. Avec enthousiasme mais sans effusion. Dansant, chantant, emporté.
Après un rappel, les lumières se rallument. Tout le monde se regarde, un peu abasourdi.
Qu’est-ce que c’était ? De la musique, tout simplement.
Lire aussi la chronique de l’album de Seun Kuti : “Many Things”.