Les Aventures de B. Log

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B. Log et Seun Kuti octobre 28, 2008

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 5:07
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Vendredi 24 octobre à l’Ab dans le cadre du Skoda Jazz Festival : Seun Kuti en concert.

Une effervescence, un moment hors du temps, du genre de ceux dont on sort un peu ébahi, avec un retour au monde difficile, agressif, brutal, surmonté d’une pointe de regret.
Comme quand on fait un rêve si beau, si doux, si parfait… On se réveille et directement, on ferme les yeux, on rêve de se rendormir pour y retourner et, pour un instant seulement, revivre ces moments oniriques.
La réalité après de tels rêves apparaît toujours un peu terne, un peu fade.

Pourtant, dans l’univers de Seun Kuti, on entre sans même s’en rendre compte. Les lumières s’éteignent et ils arrivent l’un après l’autre, simplement, sans tralala. Directement, tout est en place et la musique gouverne.
Une section cuivre, une batterie, deux guitares, une basse, trois percussionnistes (l’un aux fûts, le second prend le rôle de métronome en entrechoquant sans jamais faillir deux bâtons de bois, le troisième avec une casquette fantastique secoue une calebasse), deux danseuses (nonchalantes, l’air de ne pas y toucher, je suis là sans être là, mais avec des mouvements époustouflants) et Seun.
Beaucoup de monde finalement et pourtant sur scène, ils étaient un. Avec une aisance, une fluidité, un équilibre des instruments, que finalement on ne remarque que quand le concert est fini. Mais oui, jamais un accord à côté, un musicien un poil pas dans le rythme, une fausse note, un solo un peu égocentrique tiré en longueur, chacun à sa place, ni trop à gauche, ni trop à droite. Tout “simplement”.

Seun est un lion : bondissant, rugissant, avec des gestes brusques, hachés… mais un lion souriant.
Il se donne totalement à la musique, son corps est musique, tendu sur son instrument, tordu sur ses paroles. Son corps semble même parfois trop petit, pas assez malléable pour contenir tout ce qu’il contient, exprimer tout ce qu’il y a à exprimer. On l’imagine parfois dépassé par cette force qui émane de lui et qui le fait danser de façon syncopée.
En même temps, son visage est ouvert, accueillant, souriant, spontané, illuminé.
Il expliques les paroles de ses chansons, il parle de l’Afrique, de ses révoltes mais de façon très naturelle, voire même sereine, sans surenchère, sans nous prendre à partie.
Le contraste est saisissant entre ce calme, cette sérénité sur le visage et dans les mots et ce bouillonnement dans ses mouvements, dans son corps.

Et le public est conquis dès les premières notes. Avec enthousiasme mais sans effusion. Dansant, chantant, emporté.

Après un rappel, les lumières se rallument. Tout le monde se regarde, un peu abasourdi.
Qu’est-ce que c’était ? De la musique, tout simplement.

Lire aussi la chronique de l’album de Seun Kuti : “Many Things”.

 

B. Log et l’éthique animale octobre 27, 2008

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 5:21
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Voici une lecture conseillée à toute personne qui se pose des questions en regardant une cuisse de poulet dans son assiette, le chien de la voisine jouer avec un bâton, un taureau dans une arène, une girafe dans un zoo… À vue de nez, il semble quasiment impossible d’avoir une réflexion cohérente qui permette d’englober les quatre cas. Et il est vrai que dans les journaux, à la télé, quand il est question de nos rapports aux animaux, c’est presque toujours du cas par cas.
Ce livre, “Éthique animale”, a le mérite et l’ambition de poser un regard sur la question en général. Un sacré morceau. D’autant plus que, non seulement, il s’interroge sur notre rapport aux animaux en général mais en plus, il se propose de dresser un état des lieux des différentes systèmes de pensée sur le sujet.
Vaste programme.

Pour arriver à ses fins, il se divise en deux parties : la première est consacrée aux différentes théories sur l’éthique animale, la seconde parcourt une série de cas pratiques où il y a lieu de s’interroger sur l’éthique de nos comportements face aux animaux. Cela va de l’élevage industriel des poules et des vaches à la corrida, en passant par l’expérimentation animale, nos rapports aux animaux domestiques, les zoos, le cirque…

Les deux parties sont totalement indépendantes et il est possible de lire la deuxième après la première ou l’inverse sans que cela nuise du tout à la compréhension générale du livre.

Sans hésitation aucune, l’état des lieux que se propose de constituer ce livre est précieux. Il permet de se repositionner par rapport à toutes une série de questions, de se questionner aussi : sur ses préjugés, ses habitudes, ses croyances…, de remettre en question toute une série d’idées reçues, de mettre en branle une réflexion qui puisse aborder nos relations à l’animal dans toutes ses ramifications possibles.

Pourtant et malheureusement, ce livre rate à mon avis le coche sur un point.
Je m’explique.
Dès le départ, l’auteur annonce son projet de présenter de la manière la plus objective possible un panorama des courants de pensée.
De fait, il nous entraîne dans l’histoire, de l’Antiquité à la naissance du début contemporain, pour tracer à grand traits les différentes évolutions de la réflexion sur l’éthique animale.
Mais dès le troisième point de cette première partie, intitulé “Les Principales positions”, les courants de pensée sont plus critiqués à l’aune de l’éthique de Peter Singer que présentés de la manière la plus objective possible. Ce qui ne permet pas d’avoir une vision claire et précise des tenants et aboutissants de tel ou tel courant.
L’exercice qui consiste en la présentation la plus objective possible d’un mouvement philosophique est certes périlleux et difficile à mener jusqu’au bout, surtout en ce qui concerne l’éthique et la morale.
Mais pour cette partie, l’intention affichée du livre n’est pas du tout réalisée.
Soyons clairs, ce n’est pas l’éthique de Peter Singer qui est critiquable ici. Que du contraire, elle apparaît comme toute à fait pertinente et fouillée. C’est la distorsion entre l’intention affichée de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et ce qui se retrouve effectivement dans le livre.

Malgré ce bémol, le livre a le mérite de mettre à plat certaines notions-clés, comme l’antispécisme, la souffrance, le bien-être, de démonter certains discours-alibis (celui des chasseurs, des éleveurs par exemple) avec une clarté et une aisance remarquable. En cela, il est essentiel.

Reste par la suite à continuer le voyage, que ce soit du côté de l’utilitarisme, du welfairsime ou même de l’abolitionnisme…

Jean-Baptiste JEANGÈNE VILMER : “Ethique animale”
(Presses Universitaires de France, Paris, 2008 )

 

B. Log et “Cloverfield” octobre 14, 2008

Classé dans : Aventures visuelles — B. Log @ 12:38
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Il y a des soirs où il est bon de regarder un film du dimanche soir. Vous ne le saviez pas ? Les films du dimanche soir c’est pour le dimanche soir mais aussi pour le dimanche après-midi (surtout les lendemains de veille), et tous les soirs de la semaine quand la journée a été mauvaise, stressante, triste, déprimante, fatigante… Tous (ou presque) les adjectifs sont bons pour se donner une bonne raison de regarder un film du dimanche soir.

Le films du dimanche soir élu était “Cloverfield”, un film catastrophe. Si, si.
En général, les films catastrophes sont catastrophiques. Vous l’avez remarqué aussi ?
Ce ne sont même plus des films de dimanche soir, ce sont souvent des films bêtifiants avec des héros valeureux, sans peur et sans reproche, qui sauvent la veuve et l’orphelin du très, très méchant (monstre, monsieur, ouragan, météorite et autres fantaisies).

Les vieux films catastrophes me semblent moins catastrophiques. “La Tour infernale”, “L’Aventure du Poseidon” ou “La Grande menace” ont tous cette invraisemblance surannée qui leur donne un charme fou. Les décors ne nous bluffent aucunement, les trucages n’impressionnent pas notre oeil habitué aux dernières prouesses technologiques. Il ne s’y déverse pas des piscines entières d’hémoglobine toutes les minutes. Les héros s’aiment d’un amour platonique complètement désuet. Bref, c’est d’une naïveté ensorceleuse qui fait mouche à tous les coups les soirs pour les films de dimanche soir.

“Cloverfield” n’est pas du tout un vieux film catastrophe. Du coup, il fallait qu’on me l’ait conseillé pour que je me risque à y jeter un oeil.
Tout l’intérêt du film est qu’il est tourné “caméra à l’épaule” dans un style très blairwitchprojectien et qu’en même temps, les technologies les plus poussées ont été mobilisées pour la création du monstre (et de ses copains) et les scènes de destruction catastrophique.
L’histoire ? En deux mots : le film est en fait un pièce d’archives recueillie à Central Park et soigneusement conservée. Elle recèle le témoignage visuel d’une catastrophique (si, si) qui a eu lieu à Manhattan. Il s’agit en fait d’une vidéo amateur d’un gars qui a vécu la catastrophe et qui a décidé obstinément de continuer à filmer…
Le scénario dont je ne vous dirai rien de plus vous tient vissé dans le divan pendant 1h30 non stop. On se prend même à fustiger les personnages (“fais pas ça, fais pas ça !”; “monte dans l’hélicoptère une fois pour toute !”; “pas par là !”; “ne prends pas l’ascenseur !” et autres). Le monstre est monstreux et très, très en colère, il casse tout ce qu’il trouve à sa portée et il a des amis qui ne sont pas jolis, jolis non plus.
Quelques bémols tout de même – sinon ce n’est plus un film catastrophe – : d’abord, l’histoire d’amour ne tient pas bien le route, elle sert plutôt de prétexte pour la bonne tenue du scénario. C’est d’ailleurs cette histoire d’amour qui rend la fin du film complètement violon. Dommage.
Autre bémol : ils sont tous beaux, jeunes, bien habillés et ils vivent dans de beaux apparts. (Du moins jusqu’à ce que la grosse bêbête arrive.) Bref, ce film n’évite pas de nombreux clichés.

Malgré ces quelques stéréotypes qui ne gâchent pas trop le reste, “Cloverfield” est un film de dimanche soir catastrophe pas catastrophique, idéal pour se défouler et se changer les idées.

 

B. Log et “Redacted” octobre 10, 2008

Classé dans : Aventures visuelles — B. Log @ 3:41
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Un film présenté comme – au moins – novateur, qui bouleverse les canevas du genre, met en cause notre attitude vis à vis des médias, etc., etc.
Ben oui, ça éveille mon intérêt.

Bien sûr, on l’avait dit aussi : c’est un film dur, avec des images chocs, on n’en sort pas indemne.
Bon. Pas de souci. On va s’armer (c’est le cas de le dire) de courage et appuyer sur play…

Il faut le dire, pendant le film, je suis restée scotchée du début à la fin. Le rythme est soutenu, le scénario  et le changement de perspective (caméra à l’épaule de l’un des soldats, vidéos sur le net, reportage, interview de journalistes, images de journal télévisé…) ont le mérite de nous tenir en haleine.

Et puis, une fois passé l’effet de surprise, ce film se révèle assez creux. Il donne l’impression d’enfoncer des portes ouvertes : oui, la guerre c’est dégueulasse, oui il y a des innocents qui meurent, oui les soldats ne sont pas tous gentils, ni intelligents, ni équipés d’un haut niveau de moralité.

Un film avait décrit une situation semblable dernièrement, il s’agit de “Dans la vallée d’Elah”. Le sujet est tout à fait différent, il s’agit d’un film policier sur un père qui part à la recherche de son fils, soldat, disparu à son retour aux Etats-Unis. On y parle aussi de la guerre et de ses horreurs. Mais de façon plus fine sans s’attarder sur des scènes de violence, en dévoilant plus de points de vue : celui du père, de la mère, de l’inspectrice en charge de l’affaire…

Par comparaison, on a le sentiment que Brian De Palma voulait tellement montrer quelque chose que ça en est devenu un peu grotesque. Un peu comme Michael Moore a fait dans son documentaire : “Fahrenheit 9/11″. Il faut mettre tous les moyens en oeuvre pour que le message passe.  Et le pire, c’est que le message on le connaît et on ne le contredit pas.

Les grands films sont ceux qui grandissent en nous après leur visionnement. Ils vous hantent à jamais et alimentent vos pensées au quotidien. Ce sont ceux qui vous bouleversent de fond en comble, qui vous remuent, vous mettent sens dessus dessous, dont vous gardez le souvenir, année après année, de certaines images ou certaines scènes.

Après quelques jours, “Redacted” est déjà à moitié disparu, les scènes se fondent, les personnages perdent de leur relief. Reste l’idée que tout ça, toutes ces images chocs, ces scènes violentes, ces effets d’annonce n’étaient vraiment pas nécessaires…