Les Aventures de B. Log

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B. Log devant le petit écran novembre 19, 2008

Avec les jours qui rétrécissent et le froid qui s’infiltre partout, vient l’irrépressible envie de se blottir dans le divan pour n’en sortir qu’au printemps. Il faut le dire, le divan est un endroit incroyable où il y a moyen de faire un quantité considérable de choses… Lire un roman, un essai, un magazine; regarder une fiction, un documentaire; écouter la radio, de la musique, de la philosophie (les enregistrements des très bons vendredis de la philosophie sur Montaigne – quasiment d’une traite -, sur Sartre – commencé hésitante, Sartre m’énerve un peu, arrêté au milieu du 1er CD : l’émission est intéressante mais je connais assez bien Sartre et, s’il faut approfondir, ce sera via ses essais); dormir, souvent par inadvertance; discuter; ne rien faire…

Parmi tout ce que j’ai vu, voici deux documentaires et deux fictions qui méritent un petit commentaire.
“Viva Zapatero !” : un documentaire sur la situation de la presse en Italie. Présenté comme étant dans la lignée de Michael Moore, il s’agit d’une enquête de Sabina Guzzanti suite à la déprogrammation de son émission télévisée. Effectivement, par rapport à la méthode employée, il y a similarité avec Michael Moore: interview “par surprise” d’hommes politiques, comparaison avec les pays voisins, préférence pour l’effet “révélation”,  “choc”. Néanmoins Sabina Guzzanti traite les choses plus en profondeur, sort assez vite du cadre strict de l’objectif premier (pourquoi, comment… son émission a été déprogrammée) pour présenter une vision plus globale de la situation en général de la presse en Italie. Et on reste interloqué quand on constate que dans un pays qui fait partie de l’Union européenne, partisan des droits de l’homme, un pays voisin, civilisé, qui partage la même monnaie que nous, etc., etc. il n’existe pas d’émission satirique du genre des “Guignols de l’info”, ce genre d’émission qui fait partie de notre quotidien à nous, qu’on n’imagine même pas qu’on puisse penser censurer.
Une autre belle différence par rapport à Michael Moore : on ne se contente pas de dénoncer une situation (la censure et la main-mise sur la presse par Berlusconi et ses acolytes), une solution a été imaginée pour sortir de la situation, pour résister à cet état de fait et des milliers de gens ont pu y participer ( je ne dirai pas de quoi il s’agit au cas où vous souhaiteriez regarder le docu). Une note d’espoir appréciable…

“The Governator” : un documentaire sur un sujet bien américain : la campagne électorale et l’élection d’Arnold Schwarzenegger. Autant le dire d’emblée, ce film ne présente que peu d’intérêt et d’originalité quant à l’angle d’approche du sujet. Mais le sujet en lui-même vaut le détour. Au-delà du phénomène Arnold Schwarzenegger, il présente un monde politique caricatural dominé par le marketing où les discours et les valeurs n’ont plus vraiment lieu d’être. Tout se déroule sur le mode du ludique, du spectaculaire… C’est à celui qui en “jette” le plus, profusion de couleurs, d’images, de sensations… Et c’est quand qu’on réfléchit ?

“Le Silence” : un film d’Orso Mirot, pêché un peu au hasard parce qu’il se passe en Corse et qu’on y parle de ses villages repliés sur eux-mêmes… Un couple en vacances dans un village perdu où la mère de l’homme, Olivier, est née. Déjà une situation “entre deux chaises” : pour les habitants du village, Olivier fait un peu partie des meubles sans vraiment faire partie des meubles… Et puis, il se retrouve être le seul témoin d’un meurtre… Que faire quand on est dans une situation pareille ? Respecter la loi du silence, “à la Corse” ? Ou agir en “continental” ?
Et tout cela qui se déroule dans une atmosphère paresseuse de vacances. Parce qu’ils ne font pas grand chose, lui part à la chasse au sanglier, elle se baigne dans la rivière… Tout se passe sur ce rythme au ralenti, ensommeillé, un peu hors du temps.
Le contraste entre cette somnolence et l’état d’anxiété d’Olivier, torturé, qui ne sait quoi faire et se replie complètement sur lui-même distille une atmosphère lourde, pesante, quasiment irrespirable.
Un beau film tout en tensions atténuées, un peu halluciné avec les rêves des protagonistes qui s’endorment la journée et se lèvent la nuit, tout en contrastes : cette indolence et la violence de la chasse, les après-midi soporifiques écrasés par le soleil, la pluie torrentielle et l’orage qui obligent au mouvement…
On en sort un peu secoué avec une impression d’avoir fait un rêve éveillé.

“Reservation Road” : un film sans prétention qui traite avec simplicité et justesse d’émotions, de sentiments forts, voire même extrêmes, comme la tristesse, le deuil, la vengeance, la colère, la honte…
Par une chaude soirée de septembre, Ethan et sa famille assistent à un concert de violoncelle donné par leur fils Josh, âgé de dix ans. Sur le chemin du retour, ils s’arrêtent à une station service sur la Reservation Road. Là, Josh traverse la route pour libérer des lucioles qu’il a capturées. Dwight Arno et son fils âgé de onze ans reviennent en voiture d’un match de baseball. Ils empruntent la Reservation Road et percutent Josh qui perd la vie. Pris de panique, Dwight prend la fuite.
À partir de là, Terry George suit à la trace les deux familles, principalement les deux pères, en jouant au funambule. Difficile en effet avec un sujet pareil de garder un ton juste, de ne pas tomber dans le mélo geignard. Il arrive à garder un équilibre subtil entre les émotions extrêmes que vivent les différents protagonistes et le quotidien de la vie qui, envers et contre tout, suit son cours. Le contraste n’en est que plus fort de ce déchirement intérieur entre le fait que la vie continue et que, dans ces moments-là, le désarroi profond des personnages est à peine perceptible – comme si on arrivait, pris dans les affaires quotidiennes,  à oublier les horreurs vécues – et qu’à certains moments, ils sont comme débordés par leurs souffrances au point que tout mouvement semble impossible.