“Silent City” : une rencontre entre le grand musicien iranien et un quatuor à cordes, un album qui se développe sur quatre plages.
La deuxième plage est sans doute la plus impressionnante des quatre. Inspirée de la destruction de la ville d’Hallabjah située dans le Kurdistant irakien, elle est comme un testament universel aux cités et civilisations éteintes et véhicule l’idée que la vie renaît toujours même d’un paysage vide. Cette longue plage s’étire sur 29 minutes, elle débute avec un long moment où transparaît la désolation, le vide jusqu’à un climax d’où émerge un regain de vie, une renaissance au travers d’une musique de danse. Un moment très haut en émotions.
Les trois autres plages mêlent traditions et contemporanéité, s’inspirent de légendes et de poèmes où transparaissent des thèmes courants de la musique classique persane : transcendance spirituelle et amour du divin.
Ce genre de rencontres me fait toujours craindre une esthétisation à outrance qui fait bien souvent perdre le corps et l’âme des traditions impliquées.
“The Rain” et “The Wind”, deux albums précédents où joue Kayhan Kalhor – le premier dans le groupe Ghazal, le second avec Erdal Erzincan – m’avaient laissé cette impression d’avoir perdu le grain de la musique.
Ce ne fut pas du tout le cas ici : la rencontre est riche, c’est-à-dire qu’elle dépasse la somme, la juxtaposition des traditions, et équilibrée, très travaillée sans devenir esthétisante.
Les symboliques véhiculées, se répondent de plage en plage – la légende de l’oiseau qui veut rejoindre le soleil, le poème turc inspiré de la légende de Layla et Majnun – donnent une belle cohérence aux trois plages – définitivement la deuxième est à part -, dressent de troublants parallèles avec certaines de nos légendes – Icare, Roméo et Juliette – tout en mettant en évidence les thèmes centraux de la musique classique persane cités plus hauts.
Un petit bémol tout de même, mais vraiment tout, tout petit : il existe vraiment une très forte différence entre la deuxième plage et les trois autres plages de l’album. Cette deuxième plage est tellement monumentale – dans tous les sens du terme – qu’elle efface pratiquement les trois autres. Pour bien faire, il faudrait écouter l’album en deux fois. D’abord, les plages 1, 2 et 4 qui forment un bel ensemble et ensuite, à un autre moment, la deuxième plage.
Car il s’agit bien de deux univers musicaux très différents.