Les Aventures de B. Log

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B. Log et “Day by day”, le dernier album de Femi Kuti février 24, 2009

Classé dans : Non classé — B. Log @ 9:23
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Les commentaires plus que positifs que j’avais pu lire çà et là sur le dernier album de Femi Kuti “Day by Day” m’avaient finalement convaincue de passer une oreille distraite sur le disque. J’avais été heureusement surprise (comme quoi, les chroniques de disques ça a du bon parfois !). D’autant plus que je ne suis pas spécialement fan de Femi Kuti.
Je l’ai toujours trouvé mélodique parfois même un peu sirupeux. Il est vrai que face à son père, Fela, et depuis peu, son frère, Seun, adeptes d’un afrobeat pur et dur, il est facile de le considérer comme un peu doux, un peu mou.
Et si, à mon sens, il y a bien une approche qu’il mérite qu’on lui accorde, c’est de l’écouter sans avoir sans cesse en tête les grooves percutants de l’afrobeat.
De ma première écoute rapide, je garde une bonne impression et je me promets de réécouter l’album de manière plus attentive…
Comme d’habitude, les semaines passent, d’autres choses arrivent et le projet est différé.
Mais je tiens bon et me revoilà en train d’écouter le dernier album de Femi Kuti. Et quelle est ma surprise de réaliser que la plupart des refrains résonnent familièrement à mes oreilles. Jolie performance n’est-ce pas pour un album que je n’avais écouté que du bout des oreilles.
L’attention éveillée, je me retrouve en train de naviguer entre toutes sortes d’eaux différentes, parfois reggae, parfois un peu afrobeat, parfois chanson africaine, parfois ritournelle…
C’est qu’il sait y faire, Femi : il manie ces genres avec beaucoup d’aisance, il balance des choeurs remarquables, des ensembles de cuivres époustouflants – comme Seun et Fela le font si bien : ces thèmes courts répétés à plusieurs reprises avec un bel ensemble -, de l’orgue, guitare, basse… Il fait également preuve d’une belle maîtrise de la voix.

Il y a ce morceau “Day by Day”, très court : même pas 3 minutes, qui sonne comme une comptine pour enfant avec ce refrain qui revient encore et encore : “Day by day by night by night, we work and pray for peace to reign”. Ce côté enfantin répété inlassablement et varié tant et plus met en avant toute la détermination, l’espoir, l’énergie que Femi insuffle dans son combat pour l’amélioration de la condition africaine. Assez paradoxalement, alors que Fela et Seun assènent leur colère et leur engagement, cette ritournelle douce, simple, répétitive, chantée en choeur exprime les mêmes revendications avec autant de force.

Juste après vient une plage intitulée “Demo Crazy”, beaucoup plus rapide, nerveuse, dansante mais où le côté revendicateur est toujours bien présent :  “Demo Crazy makes us crazy”…

Aucun doute à avoir, c’est bien Femi qui brandit le poing fermé sur de nombreuses photos et il le brandit encore dans chacune de ses chansons.

Femi Kuti : “Day by Day”

 

B. Log et Homayun Sakhi février 18, 2009

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 9:39
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L’Espace Senghor est un des endroits que tout amateur de musiques du monde se doit de tenir à l’oeil.
La programmation y est pointue et de grands artistes y ont foulé la scène.
Après Melingo, Siwan Perwer, Justin Vali, Hossein Alizâdeh, pour ne citer qu’eux, c’était au tour de Homayun Sakhi de venir prendre possession des lieux le temps d’une soirée.
Homayun Sakhi, Afghan réfugié aux Etats-Unis, est réputé être un des grands maîtres du rubab.
Ce grand luth à la table d’harmonie en peau est constitué de 6 cordes mélodiques et 12 cordes sympathiques métalliques.
Vous le savez sans doute, la prohibition de la musique par les Talibans fut l’une des plus dures au monde. Lors de leur accession au pouvoir en 1997, ils ont interdit toute forme de musique, sauf le chant seul. Les instruments de musique ont été brûlés ou détruits.
De nombreux musiciens ont été contraints de fuir leur pays et beaucoup se sont réfugiés aux Etats-Unis.
Homayun Sakhi est un de ceux-là.

Le 11 février, il était à Bruxelles pour un concert époustouflant.
Pas de présentations, pas de fioritures, le décollage est immédiat : dès qu’il arrive sur scène, il entame un raga. La longue introduction, jouée en soliste (les tablas entrent en scène plus tard), nous a permis de prendre toute la mesure de la beauté des sonorités exhalées par l’instrument. Les notes s’égrénaient lentement dans un profond silence, le son métallique des cordes sympathiques, résonnant de concert en arrière-plan, leur donnant une assise vibrante.
L’arrivée des tablas a provoqué une accélération du rythme, les phrasés méditatifs ont fait place à une musique plus enlevée avec une mélodie jouée encore et encore, transformée, démontée, remontée… Homayun Sakhi ornemente, affine, puis complexifie la mélodie, vient pincer de temps à autre une corde sympathique qui fait ainsi une apparition presque incongrue au coeur de la mélodie…
Les tablas ne sont pas en reste, dévoilant une gamme de sons étonnante.
Le raga se termine et nous laisse un peu pantelants. Les applaudissements fusent.
Les deux musiciens enchaînent avec quelque chose de plus “léger” : une pièce pachtoune. Moins complexe dans sa construction, plus courte aussi, moins magistrale, elle n’en est pas moins attachante. Pas de longue introduction en solo, les deux instruments rentrent de suite dans le vif du sujet. Pas de longue et mouvante structure mélodique, la mélodie se répète encore et encore. Se dévoile clairement ici tout la différence entre la musique savante et la musique populaire. Enlevé, presque joyeux, ce morceau nous fait voyager dans de toutes autres sphères musicales.
Après une courte pause, les deux musiciens entament un nouveau morceau populaire qu’ils font suivre d’un raga.
Je n’avais pas imaginé que le concert allait durer aussi longtemps et je dois malheureusement m’éclipser avant la fin du raga.
Comme pour les meilleurs concerts, le retour à la réalité est un peu violent, je me sens comme arrachée d’un univers.
Ce concert-ci m’aura emmenée au coeur d’une région dont la richesse musicale ne cesse de surprendre, les différents allers-retours entre les traditions des pays voisins ayant fortement contribué à son enrichissement. Les ragas, par exemple, qu’a joués Homayun Sakhi sont très semblables aux ragas de la musique classique d’Inde du nord. En fait, ce sont les musiciens indiens qui sont venus avec leur bagage musical jouer pour la cour à Kaboul. Dans leur valise, les ragas que ce sont par la suite réappopriés les Afghans en accordant plus d’importance au rythme. Mais la structure reste quasiment identique. En retour, le rubab a donné naissance au sarod, instrument à cordes pincées, utilisé pour la musique classique d’Inde du nord et donc pour… les ragas.

Pour prolonger l’histoire, Homayun Sakhi a un très beau disque à son actif : il fait partie de la série “Music of Central Asia” du label Smithsonian Folkways. Une très, très belle série d’un label de grande qualité.
Voici le titre complet de l’album : “Music of Central Asia vol. 3 : The Art of the Afghan Rubab”.

Pour en savoir plus sur la série, c’est par ici.

Voici également un CD et un DVD particulièrement intéressants pour ceux qui veulent approfondir leur incursion dans la musique afghane :

Le site de l’Espace Senghor.

 

B. Log et “De si jolis chevaux” février 2, 2009

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 12:29
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Un livre rude, aux frontières…
Entre les Etats-Unis et le Mexique, à la naissance de notre civilisation industrielle (quelques passages saisissants où le cavalier longe les routes texanes “scotché” sur les bas-côtés par l’air remué des semi-remorques), entre l’adolescence et l’âge adulte, entre nature et civilisation…

Un extrait, pour ne rien devoir en raconter et tout dire à la fois :

“… et il restait là avec son chapeau à la main et il l’appela son Abuela et il lui dit adieu en espagnol puis il fit demi-tour et remit son chapeau et tourna son visage humide vers le vent et resta un moment les bras tendus devant lui comme pour reprendre l’équilibre ou bénir la terre là où il était ou peut-être pour ralentir le monde qui fuyait dans sa course folle et semblait n’avoir nul souci ni des vieux ni des jeunes ni des riches ni des pauvres ni des basanés ni des visages pâles ni de lui ni d’elle. Nul souci de leurs luttes, nul souci de leurs noms. Nul souci des vivants ni des morts.”

Cormac Mc Carthy : “De si joli chevaux” (Actes Sud, France, 1993)