Les Aventures de B. Log

Just another WordPress.com weblog

B. Log sur écoute mai 18, 2009

Classé dans : Aventures visuelles — B. Log @ 4:18
Tags: , , , ,

Le mercredi 6 mai 2009 est à marquer d’une pierre blanche.
Ce jour-là j’ai terminé la cinquième et dernière saison d’une série à couper le souffle : “The Wire”.

Baltimore

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’une série à couper le souffle parce que le rythme trépidant nous maintient en haleine pendant des épisodes et des épisodes, mais bien d’une série à couper le souffle tellement elle est dense, complexe, profonde. Autant le dire d’emblée, c’est une série qui prend son temps, qui ne craint pas d’étoffer ses rôles, qui plante le décor lentement, qui n’hésite pas à multiplier les personnages, sans en faire des héros, qui n’a d’ailleurs pas spécialement de héros. Elle prend des allures de documentaire pour s’attarder sur Baltimore et différents de ses aspects. La drogue et la police surtout, mais aussi le port, la politique, le journalisme et l’école.
Des histoires qui s’entremêlent, se rejoignent avec presque toujours en fil rouge quelques policiers qui essaient tant bien que mal d’arrêter l’un ou l’autre chef de gang, caïd de la drogue.

la police de la série "Sur écoute"La police encore

Le monde décrit, qu’il s’agisse de la police, de la politique, des dockers… n’est jamais joli, joli. Sans jamais verser dans le cynisme ou le pessimisme. Chacun fait plus ou moins ce qu’il peut pour s’en sortir, dans un milieu qui n’est jamais vraiment facile, où les difficultés sont nombreuses. En gros, tout le monde, qu’ils soient caïds de la drogue, maire, journaliste, professeur, flic ou avocat rame un peu, patauge, essaie vaille que vaille de garder la tête hors de l’eau avec son amour pour l’argent, le pouvoir, sa compagne, ses enfants ou de grands idéaux…

Un caïd de la drogue

La ville de Baltimore est, pour ainsi dire, le véritable personnage principal de ce film avec le quotidien de différents quartiers, bureaux, du port (l’époustouflante saison 2)… On s’attarde sur la vie de tous les jours avec son lot de banalités, de train-train, de petites tâches rituelles et fatigantes qu’il faut égrener chaque jour. Paperasseries administratives et attention pour les résultats de l’évolution de la criminalité pour la police, surveillance des postes et distribution de drogue pour les dealers, recherche sempiternelle de moyens pour dégoter un dollar ou l’autre pour les sans-abris, jongleries quotidiennes de la part des professeurs entre la nécessité de faire évoluer leurs élèves et d’obtenir de statistiques positives…
Cette attention à ce quotidien donne une belle solidité à l’arrière-fond de la série. Car c’est bien sur cette base de “vie de tous les jours” que viennent se greffer les événements et cela leur donne une résonance, un relief étonnant.
Les personnages également ne sont pas uniquement “policiers” ou “dealers” ou “élèves”, ils sont à la fois policiers, maris, pères, collègues, compagnons de beuverie, confidents… C’est encore plus flagrant pour les dealers et caïds de la drogue qui sont rarement brossés dans de portraits aussi larges : ils sont caïds, hommes d’affaire, frères, étudiants, concubins, pères, amis… La liste est longue et la palette d’émotions ressenties est également très large. Au final, ils sont tous humains trop humains avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses, leurs certitudes et leurs doutes, leurs rêves et leurs désillusions. Le tout brossé avec précisions par petites touches, tout en évolutions également, les personnages au gré des histoires qui leur arrivent, changent, choisissent une voie plutôt que l’autre, ce qui les transforme encore, les fait mûrir…

omar

wire_4

La saison 2 est, à mon sens, la plus forte des cinq saisons. Parce qu’elle décrit vraiment un monde au bord du gouffre, désespéré. L’action se passe principalement au port. C’est la vie des dockers qui y est mise en avant avec leurs façons de travailler, le manque de travail qui vient, le syndicat qui fait des pieds et des mains pour sauver une situation qui de plus en plus apparaît sans issue, avec les trafics qui leur permet d’arrondir les fins de mois, avec le bar où ils se retrouvent, avec la morosité ambiante, cette petite vie minable de dur labeur dont ils savent qu’ils ne sortiront pas mais dont ils rêvent de sortir, avec ces lendemains incertains, avec cette constante incertitude financière…
Voilà la toile de fond sur laquelle vient se glisser une enquête sur des femmes mortes dans un conteneur et une affaire de drogue.
Impossible de sortir indemne de ces moments où les rêves les plus fous côtoient les désillusions les plus amères, où la raison s’égare dans des tentatives désespérées de sortir de cette vie-prison, où la marche du monde, la loi du marché écrase les individus d’une manière implacable, où cette intenable lucidité est noyée dans l’alcool avec la paye tout juste gagnée…

Une des séries les plus intéressantes qu’il m’ait été donné de voir. Disons qu’elle figure dans mon top 2 des séries qui m’ont le plus touchée. Et l’autre ? me direz-vous. “Twin Peaks” inévitablement.

“The Wire” est disponible en DVD à la Médiathèque. A découvrir absolument !