Les Aventures de B. Log

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B. Log et Homayun Sakhi février 18, 2009

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 9:39
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L’Espace Senghor est un des endroits que tout amateur de musiques du monde se doit de tenir à l’oeil.
La programmation y est pointue et de grands artistes y ont foulé la scène.
Après Melingo, Siwan Perwer, Justin Vali, Hossein Alizâdeh, pour ne citer qu’eux, c’était au tour de Homayun Sakhi de venir prendre possession des lieux le temps d’une soirée.
Homayun Sakhi, Afghan réfugié aux Etats-Unis, est réputé être un des grands maîtres du rubab.
Ce grand luth à la table d’harmonie en peau est constitué de 6 cordes mélodiques et 12 cordes sympathiques métalliques.
Vous le savez sans doute, la prohibition de la musique par les Talibans fut l’une des plus dures au monde. Lors de leur accession au pouvoir en 1997, ils ont interdit toute forme de musique, sauf le chant seul. Les instruments de musique ont été brûlés ou détruits.
De nombreux musiciens ont été contraints de fuir leur pays et beaucoup se sont réfugiés aux Etats-Unis.
Homayun Sakhi est un de ceux-là.

Le 11 février, il était à Bruxelles pour un concert époustouflant.
Pas de présentations, pas de fioritures, le décollage est immédiat : dès qu’il arrive sur scène, il entame un raga. La longue introduction, jouée en soliste (les tablas entrent en scène plus tard), nous a permis de prendre toute la mesure de la beauté des sonorités exhalées par l’instrument. Les notes s’égrénaient lentement dans un profond silence, le son métallique des cordes sympathiques, résonnant de concert en arrière-plan, leur donnant une assise vibrante.
L’arrivée des tablas a provoqué une accélération du rythme, les phrasés méditatifs ont fait place à une musique plus enlevée avec une mélodie jouée encore et encore, transformée, démontée, remontée… Homayun Sakhi ornemente, affine, puis complexifie la mélodie, vient pincer de temps à autre une corde sympathique qui fait ainsi une apparition presque incongrue au coeur de la mélodie…
Les tablas ne sont pas en reste, dévoilant une gamme de sons étonnante.
Le raga se termine et nous laisse un peu pantelants. Les applaudissements fusent.
Les deux musiciens enchaînent avec quelque chose de plus “léger” : une pièce pachtoune. Moins complexe dans sa construction, plus courte aussi, moins magistrale, elle n’en est pas moins attachante. Pas de longue introduction en solo, les deux instruments rentrent de suite dans le vif du sujet. Pas de longue et mouvante structure mélodique, la mélodie se répète encore et encore. Se dévoile clairement ici tout la différence entre la musique savante et la musique populaire. Enlevé, presque joyeux, ce morceau nous fait voyager dans de toutes autres sphères musicales.
Après une courte pause, les deux musiciens entament un nouveau morceau populaire qu’ils font suivre d’un raga.
Je n’avais pas imaginé que le concert allait durer aussi longtemps et je dois malheureusement m’éclipser avant la fin du raga.
Comme pour les meilleurs concerts, le retour à la réalité est un peu violent, je me sens comme arrachée d’un univers.
Ce concert-ci m’aura emmenée au coeur d’une région dont la richesse musicale ne cesse de surprendre, les différents allers-retours entre les traditions des pays voisins ayant fortement contribué à son enrichissement. Les ragas, par exemple, qu’a joués Homayun Sakhi sont très semblables aux ragas de la musique classique d’Inde du nord. En fait, ce sont les musiciens indiens qui sont venus avec leur bagage musical jouer pour la cour à Kaboul. Dans leur valise, les ragas que ce sont par la suite réappopriés les Afghans en accordant plus d’importance au rythme. Mais la structure reste quasiment identique. En retour, le rubab a donné naissance au sarod, instrument à cordes pincées, utilisé pour la musique classique d’Inde du nord et donc pour… les ragas.

Pour prolonger l’histoire, Homayun Sakhi a un très beau disque à son actif : il fait partie de la série “Music of Central Asia” du label Smithsonian Folkways. Une très, très belle série d’un label de grande qualité.
Voici le titre complet de l’album : “Music of Central Asia vol. 3 : The Art of the Afghan Rubab”.

Pour en savoir plus sur la série, c’est par ici.

Voici également un CD et un DVD particulièrement intéressants pour ceux qui veulent approfondir leur incursion dans la musique afghane :

Le site de l’Espace Senghor.

 

B. Log patchworke (2) janvier 5, 2009

Deux, trois petites choses dénichées de ci, de là au cours de ces dernières semaines :

- Renata Rosa : “Manto Dos Sonhos”
Deuxième album de cette Brésilienne à la Médiathèque.
Voici une chanteuse et musicienne, elle joue du rabeca – un type de violon, qui fait les choses avec justesse et simplicité. Avec sa voix claire et joyeuse, ses chansons inspirées du forro, des repentistas et du maracatu sont autant d’invitations à la danse.
Sans chichis, elle nous livre des plages au son rugueux – quelques percussions, l’un ou l’autre violon, une guitare de temps en temps et le chant – qui débordent de joie de vivre.
- Abdel Hali Halo and the El Gusto Orchestra of Algiers
Le chaabi dans tout son éclat. Voici ressuscité un orchestre des années 50. Et ça donne !
31 musiciens qui s’en donnent à coeur joie pour faire revivre un style petit à petit tombé en désuétude. Les morceaux s’étirent et s’étirent, se perdent dans les méandres des mélodies et en reviennent toujours au refrain repris en choeur.
On retiendra tout particulièrement l’interprétation du désormais classique : “Min yaati kalbou lil melah”.
Beaucoup d’entrain, de joie et de pathos pour cet album paru sur le label “Honest Jones”.

Lire aussi la chronique de Benoit Deuxant.

- Mathieu Boogaerts : “I Love you”
Très axé batterie, ce qui en fait un album relativement rock.
Mathieu Bogaerts nous sert des petites ritournelles aux paroles souvent répétitives, en anglais et en français, qui jouent sur les mots. C’est dansant, c’est sautillant. Il ose même faire semblant de nous faire croire que ça n’a l’air de rien !

- “Music of Cyprus”
Un album étonnant proposé par le très bon label turc Kalan.
Il dévoile un panel très diversifié de la musique chypriote, à la fois grecque et turque : chansons de mariages, musique sacrée, chant sufi, danses, musiques populaires…

- Mamadou Diabaté : “Douga Mansa”
Héritier d’une longue tradition de musiciens joueurs de kora, cousin de Toumani Diabaté, Mamadou Diabaté n’en est pas à son coup d’essai : il signe ici son sixième album solo.
Un très beau disque sans surprises, fidèle à la tradition. Le jeu est magnifique, d’une grande maîtrise.

- “We Own the Night”, James Gray
Bobby (Joaquin Phoenix) est gérant d’une boîte de nuit appartenant à la mafia russe mais son père et son frère sont des policiers. Impossible de rester entre deux chaises, impossible à un moment de ne pas choisir son camp.
Ce film qui commence comme un presque banal film policier prend tout son temps pour disséquer la personnalité de Bobby et ses évolutions. L’obligation de faire un choix, l’arrogance qui rencontre la peur, la colère, la honte; l’insousciance crâneuse qui se fait prise de conscience et puis prise de responsabilité. L’attitude, hautaine quasiment adolescente, de rejet de la famille et de ses valeurs pour une vie aisée, facile. Et le revirement total, brutal qui se fait dans la violence, la trahison, le désespoir. Et puis, finalement, l’apaisement, l’accord, douloureux, sur fond d’échec, avec soi-même envers et contre tout.
L’histoire n’a rien d’exceptionnel, c’est un film policier malgré tout, de facture assez classique.
Mais l’histoire, l’action n’est quasiment plus qu’un prétexte tant l’évolution du personnage de Bobby est si minutieuse, si ciselée et si magnifiquement interprétée.

 

B. Log, Kayhan Kalhor et Brooklyn Rider janvier 5, 2009

“Silent City” : une rencontre entre le grand musicien iranien et un quatuor à cordes, un album qui se développe sur quatre plages.
La deuxième plage est sans doute la plus impressionnante des quatre.  Inspirée de la destruction de la ville d’Hallabjah située dans le Kurdistant irakien, elle est comme un testament universel aux cités et civilisations éteintes et véhicule l’idée que la vie renaît toujours même d’un paysage vide. Cette longue plage s’étire sur 29 minutes, elle débute avec un long moment où transparaît la désolation, le vide jusqu’à un climax d’où émerge un regain de vie, une renaissance au travers d’une musique de danse.  Un moment très haut en émotions.
Les trois autres plages mêlent traditions et contemporanéité, s’inspirent de légendes et de poèmes où transparaissent des thèmes courants de la musique classique persane : transcendance spirituelle et amour du divin.
Ce genre de rencontres me fait toujours craindre une esthétisation à outrance qui fait bien souvent perdre le corps et l’âme des traditions impliquées.
“The Rain” et “The Wind”, deux albums précédents où joue Kayhan Kalhor – le premier dans le groupe Ghazal, le second avec Erdal Erzincan – m’avaient laissé cette impression d’avoir perdu le grain de la musique.
Ce ne fut pas du tout le cas ici : la rencontre est riche, c’est-à-dire qu’elle dépasse la somme, la juxtaposition des traditions, et équilibrée, très travaillée sans devenir esthétisante.
Les symboliques véhiculées, se répondent de plage en plage – la légende de l’oiseau qui veut rejoindre le soleil, le poème turc inspiré de la légende de Layla et Majnun – donnent une belle  cohérence aux trois plages – définitivement la deuxième est à part -, dressent de troublants parallèles avec certaines de nos légendes – Icare, Roméo et Juliette – tout en mettant en évidence les thèmes centraux de la musique classique persane cités plus hauts.
Un petit bémol tout de même, mais vraiment tout, tout petit : il existe vraiment une très forte différence entre la deuxième plage et les trois autres plages de l’album. Cette deuxième plage est tellement monumentale – dans tous les sens du terme – qu’elle efface pratiquement les trois autres. Pour bien faire, il faudrait écouter l’album en deux fois. D’abord, les plages 1, 2 et 4 qui forment un bel ensemble et ensuite, à un autre moment, la deuxième plage.
Car il s’agit bien de deux univers musicaux très différents.

 

B. Log et Seun Kuti octobre 28, 2008

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 5:07
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Vendredi 24 octobre à l’Ab dans le cadre du Skoda Jazz Festival : Seun Kuti en concert.

Une effervescence, un moment hors du temps, du genre de ceux dont on sort un peu ébahi, avec un retour au monde difficile, agressif, brutal, surmonté d’une pointe de regret.
Comme quand on fait un rêve si beau, si doux, si parfait… On se réveille et directement, on ferme les yeux, on rêve de se rendormir pour y retourner et, pour un instant seulement, revivre ces moments oniriques.
La réalité après de tels rêves apparaît toujours un peu terne, un peu fade.

Pourtant, dans l’univers de Seun Kuti, on entre sans même s’en rendre compte. Les lumières s’éteignent et ils arrivent l’un après l’autre, simplement, sans tralala. Directement, tout est en place et la musique gouverne.
Une section cuivre, une batterie, deux guitares, une basse, trois percussionnistes (l’un aux fûts, le second prend le rôle de métronome en entrechoquant sans jamais faillir deux bâtons de bois, le troisième avec une casquette fantastique secoue une calebasse), deux danseuses (nonchalantes, l’air de ne pas y toucher, je suis là sans être là, mais avec des mouvements époustouflants) et Seun.
Beaucoup de monde finalement et pourtant sur scène, ils étaient un. Avec une aisance, une fluidité, un équilibre des instruments, que finalement on ne remarque que quand le concert est fini. Mais oui, jamais un accord à côté, un musicien un poil pas dans le rythme, une fausse note, un solo un peu égocentrique tiré en longueur, chacun à sa place, ni trop à gauche, ni trop à droite. Tout “simplement”.

Seun est un lion : bondissant, rugissant, avec des gestes brusques, hachés… mais un lion souriant.
Il se donne totalement à la musique, son corps est musique, tendu sur son instrument, tordu sur ses paroles. Son corps semble même parfois trop petit, pas assez malléable pour contenir tout ce qu’il contient, exprimer tout ce qu’il y a à exprimer. On l’imagine parfois dépassé par cette force qui émane de lui et qui le fait danser de façon syncopée.
En même temps, son visage est ouvert, accueillant, souriant, spontané, illuminé.
Il expliques les paroles de ses chansons, il parle de l’Afrique, de ses révoltes mais de façon très naturelle, voire même sereine, sans surenchère, sans nous prendre à partie.
Le contraste est saisissant entre ce calme, cette sérénité sur le visage et dans les mots et ce bouillonnement dans ses mouvements, dans son corps.

Et le public est conquis dès les premières notes. Avec enthousiasme mais sans effusion. Dansant, chantant, emporté.

Après un rappel, les lumières se rallument. Tout le monde se regarde, un peu abasourdi.
Qu’est-ce que c’était ? De la musique, tout simplement.

Lire aussi la chronique de l’album de Seun Kuti : “Many Things”.

 

B. Log patchworke août 19, 2008

Petit tour d’horizon de films et de CD croqués sur le pouce, dégustés avec délectation, savourés lentement.

- Michaela Melián : “Los Angeles”
Un album électro agrémenté d’instruments comme le piano, le violoncelle, l’orgue ou le ukulele. Calme, musiques d’ambiances, presque des musiques de films. Le rythme fait son entrée tranquille autour de la sixième plage et à partir de là, c’est vraiment envoûtant.

- “Jindabyne” de Ray Lawrence
Un film à la belle photographie sur la difficulté des relations humaines et les incompréhensions mutuelles (mais tous les films ne parlent-ils pas, d’une manière ou d’une autre, de la difficulté des relations humaines ?). L’histoire en bref : dans une bourgade australienne, quatre hommes partent en week-end pour pêcher. Sur les lieux, ils trouvent le cadavre d’une jeune femme aborigène. Au lieu de se précipiter sur le chemin du retour, ils restent encore une journée à pêcher. De retour dans le village, cette attitude va faire scandale et être interprétée par certains comme du racisme… Gabriel Byrne y est magnifique, incarnant un garagiste fatigué.
Si vous avez aimé, foncez voir “Lantana” du même réalisateur mais plus abouti.

- “Michael Clayton” de Tony Gilroy : rien d’exceptionnel pour ce film. Une histoire d’avocats, de pauvres gens qui se dressent contre une multinationale hyper-puissante et richissime qui n’a d’autre intérêt que l’argent. Un scénario classique donc mais bien ficelé. Comme disait un journaliste par rapport au dernier Indiana Jones : “C’est comme la mousse au chocolat : sans suprise mais toujours délicieux”.

- “La Clef” de Guillaume Nicloux : dernier opus de sa série policière. J’avais vu “Cette femme-là” où Josiane Balasko interprète un commissaire de police avec qui la vie n’a pas été tendre du tout. Un film noir, noir, noir mais sensible avec une Josiane Balasko magistrale. Du coup, j’étais bien curieuse de voir “La Clef” avec une brochette d’acteurs français archi-connus : Thierry Lhermitte, Vanessa Paradis, Marie Gillain, Jean Rochefort, Josiane Balasko (toujours en commissaire)… La première partie est intéressante, Guillaume Canet et Marie Gillain campent parfaitement leur rôle de couple trentenaire installé.
Et puis, tous les autres personnages sont vraiment laids, sales, repoussants. Thierry Lhermitte en vieux, malade, affaibli, pas net vaut le détour.
Mais très vite, ça tombe dans le glauque (j’aime bien le glauque mais ici il fait artificiel, joué), dans une violence qui n’est pas indispensable. Et la dernière demi-heure, on se force un peu parce qu’on a envie de savoir la fin, mais on n’est plus du tout dans le film, on attend presque que ça passe. Dommage.

- “Eyhok. Traditional Music of Hakkari”
Sorti sur le label Kalan – un incontournable label turc -, c’est un double CD, très bien documenté sur la musique de la région d’Hakkari en Turquie. Cette région, située à l’extrême sud-est du pays près de l’Iran et de l’Irak, est habitée majoritairement par des Kurdes. Cette tradition musicale est en train de se perdre parce que les gens quittent leurs villages pour habiter dans des grandes villes et parce que les occasions se font plus rares de perpétuer cette tradition. Il s’agit principalement de chants a cappella, interprétés par des hommes seuls ou par des groupes d’hommes ou de femmes, lors de mariages ou d’autres cérémonies. Ces histoires épiques qui sont psalmodiées nous font pénétrer dans un univers qui est en train de disparaître. Très beau, très impressionnant.
Un album superbe !

- De toutes bonnes compilations sont sorties sur la musique des années 70 au Nigéria, Bénin et Togo. Baignées de rock, de funk, soul… les musiques se font afrobeat, afrofunk, afrojazz… Les basses sont ronflantes, les batteries survoltées, les guitares flirtent avec les pédales wah-wah, les cuivres sont complètement déchaînés : bref, qu’est-ce que ça groove !

“Nigeria Special: Modern Highlife, Afro-Sounds & Nigerian Blues”
“Nigeria Disco Funk Special”
“Nigeria Rock Special”
“Nigeria 70 – Lagos Jump”
“Analog Africa n°3 : African Scream Contest”

 

B. Log à la pêche juillet 18, 2008

Voici en vrac quelques petites choses pêchées çà et là:

- Melingo: “Maldito Tango”
Melingo c’est un gros, gros coup de coeur. On pourrait même presque dire, mais ce serait un peu exagéré, qu’il m’a réconciliée avec le tango.
Son premier album, “Santa Milonga”, arrivé à la Médiathèque en 2005, a inauguré deux rencontres: tout d’abord avec Melingo et son tango crade de guingois, ensuite avec le label Manana créé par un des fondateurs de Gotan Project : Eduardo Makaroff. Un label qui n’hésite pas à aller tâter le terrain loin du tango de salon avec plus – Juan-Carlos Caceres : “Murga Argentina” – ou moins – Mosalino y Quatuor Benaïm: “Clasico y Moderno” – de succès.
J’étais allée voir Melingo à l’Espace Senghor il y a trois ans (vraiment à la grosse louche, ça pourrait être deux ans). J’en garde un tout bon souvenir, il y avait une très bonne ambiance dans la salle, très décontractée, ça faisait un peu cabaret avec beaucoup de couleurs chaudes. Melingo a fait rire le public à plusieurs reprises (sauf moi, parce que je ne parle pas un mot d’espagnol et vu la quantité de gens qui riaient, je devais quasiment être la seule à ne pas parler espagnol ou alors, ils faisaient tous semblants).
Revenons à nos moutons musicaux, “Madito Tango” est tout à fait réussi. On y retrouve les mêmes ingrédients que dans “Santa Milonga” : une voix brute, un peu rauque, de fumeur; un tango des bas-fonds qui nous renvoie à une époque où le tango était une musique des quartiers mal-famés, de bars enfumés; quelque chose de rugueux, qui vient du ventre, brut; et ce petit côté de traviole.
J’ai bien l’impression que c’est vers cet aspect-là des choses qu’il est allé creusé sur ce dernier album.
Une réussite !

- Bibi Tanga et le professeur inlassable : “Yellow Gauze”
Un album plutôt soul/funk mais avec beaucoup de changements de style, ça part un peu dans tous les sens. Les arrangements sont remarquables et le chant est en adéquation parfaite avec les différents univers musicaux recréés.
- Driss El Maloumi/Ballaké Cissoko/Rajery : “3MA”

J’ai toujours un peu d’appréhension quand il s’agit d’une rencontre entre différents musiciens dépositaires de traditions musicales fort différentes. Pour le dire un peu brutalement, la sauce ne prend pas souvent.

Un collègue, Hamid, m’en avait dit beaucoup de bien et c’est vrai que les trois artistes sont vraiment remarquables. L’album de Driss El Maloumi : “Maroc: l’âme dansée” avait fait partie de mes chouchous de l’année 2005.

Autre argument favorable, l’album est sorti sur le label Contre-Jour. Une fois n’est pas coutume, c’est un label belge et il a édité de très bon albums : Gangbé Brass Band : “Whendo” (une fanfare du Bénin nourrie à la dynamite), Afel Bocoum & Alikbar : “Niger” (une perle !), 3 CD de Habib Koité (“Ma ya”, “Fôly! Live Around the World” et “Mosu ko”)…

Les trois musiciens jouent chacun d’un instrument à cordes, respectivement le oud, la kora, la valiha. Chacun de ces trois instruments est emblématique d’une tradition musicale. Le oud est indissociable des musiques arabes, la kora est l’instrument par excellence des griots, la valiha est une étrange cithare tubulaire en bambou typiquement malgache, quasiment considérée comme l’instrument national.
Chacun de ces trois instruments a un répertoire qui est très fort lié à une (ou plusieurs, pour le oud) tradition(s) musicale(s), il en fait partie, toute une symbolique est bâtie autour de l’instrument, sa création a même parfois un ancrage mythique. Pour la kora, notamment, il existe une légende qui raconte comme l’homme a découvert l’instrument.
Faire sonner ensemble des instruments ayant un “passé aussi lourd” – ce n’est pas péjoratif du tout, que du contraire – n’apparaît pas comme une mince affaire.

Et pourtant, ce mariage à trois est réussi. Contrairement à de nombreuses rencontres de traditions du même type, le résultat n’est pas intellectualisant. Parfois, il faut tellement s’éloigner de toute tradition pour créer une harmonie que c’en devient esthétisant, à l’opposé total de ce que les musiques du monde nous apportent de réalité. Que du contraire dans ce cas, tour à tour chaque instrument se retrouve à l’avant-plan tandis que les autres soignent la rythmique. Il y a énormément de spontanéité et de vie dans l’album, si bien qu’on en viendrait même à esquisser un pas de danse. Une belle performance quand on pense qu’il n’y que des instruments à cordes plutôt réputés pour leurs qualités mélodiques !

Discographie de Driss El Maloumi, Ballaké Sissoko, Rajery.

- Bako Dagnon : “Titati”
Une bonne chanteuse du Mali. On ne peut pas dire qu’elle ait révolutionné le chant griot, mais ce qu’elle fait, elle le fait très bien dans une lignée tout à fait traditionnelle.

 

B. Log et Loney, Dear mai 23, 2008

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 3:50

Vous connaissez le proverbe : “au mois de mai, fais ce qu’il te plaît mais va au Nuits Bota” ?
Moi, je ne rigole pas avec les proverbes : j’obéis.
Finalement, je n’y serai allée que pour voir un seul groupe : Loney, Dear. L’album “Loney, Noir” m’avait vraiment beaucoup plu. J’en avais d’ailleurs parlé dans ce blog. Je m’étais donc dit qu’il fallait que je complète la découverte.
Première surprise à leur apparition sur scène : ou bien je me suis emmêlé les pinceaux entre des photos et des noms ou bien je m’étais fait une photo dans ma tête, mais il n’avait pas du tout le look auquel je m’attendais. Avec sa voix qui file avec aisance vers les aigus, je m’attendais à quelqu’un d’un peu fluet – genre poétique, maigrichon (mais je n’ai rien contre les maigrichons, ni contre les poètes). Et bien non ! Pas du tout.
On aurait plutôt dit un bûcheron qui débarque de sa forêt canadienne (je n’ai rien non plus contre les bûcherons qui débarquent de leur forêt canadienne) : bien bâti (comme dirait ma grand-mère), avec une belle chemise du même pays que les forêts (canadienne) et un figure ronde et joviale. C’était plutôt inattendu.
Mais bien évidemment, ils n’attendent pas que je sois remise de mes émotions pour commencer à jouer.
Oscillant entre bonne humeur joyeuse, naïve et contagieuse et douce mélancolie où on aime se lover certains soirs, les morceaux s’enchaînent. C’est qu’ils manoeuvrent très bien, les chansons sont très bien jouées, on se laisse prendre au jeu… C’est plus enlevé, plus dansant que l’album “Loney, Noir”. Beaucoup de gens dansent, il y en a même un qui est fou d’amour (si, si, ça se voit).

En même temps, j’ai toujours l’impression qu’ils sont à la limite de tomber dans le noeud-noeud (si, si ça s’écrit comme ça, même que je l’ai trouvé dans le dico), dans une joyeuseté un peu trop benête.
Mais je crois que je trouve ça plutôt chouette, ce jeu d’équilibriste.

Un concert bien sympa. Dommage qu’il pleuvait des cordes et qu’on n’a pas pu aller s’assoir sur les marches du Bota pour en discuter, de ça et d’autres choses en écoutant le concert qui se terminait sous le chapiteau.

 

B. Log et Portishead mai 23, 2008

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 3:20

Ben oui, mille excuses pour ces 6 mois d’absence. On ne va pas tourner autour du pot : c’était la folie ! Trop de travail, de trucs à faire, indescriptible…

Et là, tout doucement, je redécouvre le monde, et même, je vais à des concerts !

Pour celui-ci, j’ai hésité une demi-seconde : dans la balance, d’un côté, Portishead, dont les morceaux ont ponctué quelques grands moments de ma vie (je ne vous dirai pas déjà lesquels, on ne se connaît pas encore assez), de l’autre, Forest National que je déteste, que je hais. L’acoustique est immonde, la salle est glaciale, c’est de la grosse usine culturelle, bref, je m’étais juré de ne plus jamais, jamais, jamais y mettre les pieds !

Heureusement pour moi, le positif l’a emporté et je n’ai pas pu résister à l’envie de revoir Portishead en concert. Oui, oui, revoir. Je les avais vu au Pukkelpop à l’époque (c’était il y a très, très longtemps) et j’en garde un souvenir de rêve éveillé.

Il faut dire qu’ils étaient les derniers à passer d’une très, très longue journée… Très belle mais très longue. Un peu fourbue, je m’étais trouvé une place près de la table de l’ingénieur du son. Pendant tout le temps du concert, je suis restée scotchée à cette incroyable chanteuse qui fumait clopes sur clopes (rien qu’à la voir, j’attrapais la voix de Tom Waits) et dont la voix passait bien au-delà de nous, rendant muette toute la plaine du Pukkelpop. Impressionnante, dégageant une forte impression de solitude, superbe dans cette solitude, elle chantait accompagnée majestueusement par les autres instruments. Et cette basse qui, inlassablement, égrenait ses notes, imperturbable avec un son d’une rondeur et d’une lourdeur…
Un rêve éveillé je vous disais.

À Forest, j’étais un peu plus présente. Quoique.
Le premier groupe avait bien failli me faire fuir. Kling Klang : le nom dudit groupe. Pour les qualificatifs, on a hésité entre rock psyché et rock progressif sans progression. Franchement, ce n’était pas terrible… Et je suis gentille…
Et finalement, ils sont arrivés. Et Beth Gibbons ne fumait pas… Alternant habilement anciens et nouveaux morceaux (que je ne connaissais pas : je voulais découvrir l’album après le concert), je me suis sentie happée. Les nouveaux morceaux plus noise, plus nerveux faisaient la part belle à la guitare, à la batterie et aux percussions. Les anciens, plus lents, laissaient toute liberté à la voix et à la basse. Un bel équilibre.
Et toujours cette impression de solitude dégagée par Beth. Voûté, complètement repliée sur son micro, entièrement à son chant, elle est monumentale.
Pffff… Quel concert !
D’aucuns diront qu’il fut trop court (une heure). C’est vrai que j’aurais pu encore rester des heures à les écouter. En même temps quelle densité !

Le retour à la réalité fut difficile. C’est que j’aurais bien élu domicile dans leur univers…

 

B. Log et Loney, Dear, Nancy Huston et les autres octobre 5, 2007

Classé dans : Aventures sonores, Aventures sur papier, Aventures visuelles — B. Log @ 3:34

Petit tour d’horizon des petites choses magnifiques qui me sont tombées dans les mains ces derniers temps.

En musique, je cite en tout premier parce que j’ai vraiment, vraiment beaucoup aimé : l’album “Loney, Noir” de Loney, Dear. J’avais bien aimé son autre album “Sologne” – j’en ai parlé dans ce blog je crois. Du coup, j’ai emprunté un autre album : “Loney, Noir”. Je l’ai trouvé fantastique avec son côté mystérieux, beaucoup mieux que l’autre. Quelle ambiance étrange, sombre (ben oui!) et tout en légèreté en même temps !!

Un autre album plus que remarquable : Anthony Joseph & The Spasm Band “Leggo de Lion”. Un CD Spoken-word qui a eu le “titre” de CD du mois à la Médiathèque. Quel groove ! Quelle tension ! Et tout ça avec des instruments qui restent en retrait par rapport à la voix. Très bien !

En musiques du monde, il faut pointer le très beau double disque de Didier François avec d’une part Gilles Chabenat (“Dans l’oubli du sommeil”) et d’autre part Gabriel Yacoub (“Brand New World”). On n’en trouve pas beaucoup de ces albums qui installent une telle ambiance, exhalent une telle personnalité, développent de telles émotions. Un grand disque.

En cinéma, j’ai vu “La Méthode” de Marcelo Pineyro. En une phrase ? Une démonstration brillante, sans concessions, de ce que le monde du travail peut exiger, des extrêmes auquel il pousse…

En littérature, deux romans à pointer, tous deux chez Actes Sud (décidément) : un ouvrage assez court de Nancy Huston “Instrument des ténèbres” et “Derniers verres”, écrit par Andrew McGahan.

J’avais dévoré “Professeurs de désespoir” de Nancy Huston, un livre où elle s’en prend à ces écrivains nihilistes qui ont eu et ont tant de succès. Un grand bol de joie de vivre !

“Instruments des ténèbres” est en deux volets : d’une part, il y a les réflexions existentielles – mais sans la connotation péjorative du mot – de la narratrice qui est en fait en train d’écrire un livre, on chemine pas à pas avec elle au fil de ses pensées; d’autre part, il y a l’histoire qu’elle écrit, c’est-à-dire, l’histoire, qui se déroule au Moyen-Age, de la vie de deux jumeaux séparés à leur naissance. Au début, je n’accrochais pas vraiment, les propos de l’écrivain m’énervaient un peu… Je les lisais avec impatience pour arriver au récit des jumeaux qui est d’emblée très prenant. Mais finalement, c’est un très beau livre sur l’incommunicabilité et la complexité des relations familiales, sur ces événements douloureux qui nous tourmentent pendant de longues années et conditionnent nombre de nos actes.

Enfin, il y a ce livre australien paru dans la nouvelle collection d’Actes Sud “Actes Noirs”. Vous l’aurez compris, cette nouvelle collection se consacre à un genre: le roman policier. Ce qui a de chouette, c’est qu’ils nous arrivent des quatre coins du monde, ces romans. Et c’est donc à chaque fois, une société, une culture qui se dévoilent au fil d’une enquête policière en général prenante. Le roman dont il est ici question s’intitule : “Derniers verres”. L’enquête policière, mais parfois on a le sentiment qu’elle passe au second plan, se déroule sur fond de province corrompue, de politiciens qui s’en mettent plein les poches, de passivité totale de la population. En même temps, c’est toute la vie d’un journaliste alcoolique qui défile sous nos yeux. Il se retrouve, un peu malgré lui, au coeur d’une affaire qui le dépasse complètement et qui réveille en lui bien des fantômes, notamment celui de la bouteille. D’où regrets, remises en question, aveu d’échec, espoirs, remords… Au-delà de l’enquête policière, c’est surtout ce personnage qui m’a fait aimé le livre. Car, au final, il s’agit de bien plus qu’un roman policier – sans vouloir être négative par rapport au roman policier, c’est un genre que j’adore -, c’est une vie qui s’offre dans toute sa nudité, férocement, sans aucune concession, ni compassion et, forcément, qui nous renvoie à nous-mêmes et nous fait réfléchir.

 

B. Log et Calamity Jane août 7, 2007

Classé dans : Aventures sonores — B. Log @ 2:24

J’avais lu un article élogieux de Lisa (médiathécaire de choc à Woluwe-St-Pierre) à propos de l’album “La Ballade de Calamity Jane” (Cloé Mons, Alain Bashung & Rodolphe Burger) et ça m’avait mis l’eau à la bouche.

Les mois sont passés – ben oui la chronique date du mois de mai – et j’ai enfin écouté l’album.

Effectivement, le disque est fantastique. En fait, ce sont surtout les textes qui m’ont émue. Au fil de la lecture des lettres de Calamity Jane à sa fille, c’est toute une vie qui se met à défiler. Impossible de ne pas être touché par le ton simple mais on ne peut plus sincère des lettres. Calamity Jane s’y livre totalement. Elle raconte ses angoisses, ses peurs, ses regrets. Elle se raconte vieillissante.

C’est une époque aussi qui surgit avec le quotidien âpre et difficile que décrivent les lettres. Elle relate notamment ses recherches pour avoir du travail, les différents jobs qu’elle décroche, les longues chevauchées…

Les descriptions sont éloquentes, si bien que le nom de “film musical” va comme un gant à cet album.

Les plages musicales assurent des transitions en douceur et dans une belle continuité avec les passages lus. Dès leur écoute, la ressemblance avec la B.O. du film Dead Man saute aux yeux. C’est la même ambiance, calme et empreinte de solitude.

Un album à écouter et réécouter.

En allant par ici, vous pourrez lire la chronique de Lisa.