Depuis quelques mois, les articles abondent sur des artistes qui, d’une façon ou d’une autre, mettent la mort en art. Il s’agit surtout de Gregor Schneider qui a le projet d’exposer un homme mourant au musée Haus Lange de Krefeld, en Allemagne et de Guillermo Vargas qui a secoué le monde de l’art contemporain (et celui de la protection animale) en exposant un chien agonisant.
Questionnement sur le corps ? Étape dans le travail consistant à repousser toujours et encore les limites de l’extrême, de ce qui est “exposable” ?
Ma grand-mère dirait en secouant la tête de gauche à droite et de droite à gauche d’un air désolé : “Mais où va-t-on ?”
Pour alimenter la réflexion, je vous propose un roman, que j’ai lu quelques jours avant que n’apparaissent les premiers articles sur le sujet. Le hasard fait bien les choses, isn’t it ?
Paru chez Actes Sud (je sais, je sais, la grosse majorité des romans que j’ai lus ont été édités chez Actes Sud, c’est grave, Docteur ?), il a pour titre : “Clara et la pénombre” et pour auteur José Carlos Somoza.
L’histoire se déroule dans un futur que l’on imagine proche mais la temporalité n’est pas définie clairement.
Dans ce futur, les tableaux et oeuvres d’art que nous connaissons sont complètement dépassés : ce sont des hommes et des femmes qui font figure de toile. Les artistes les peignent, définissent leur expression, leur posture… Ils sont entièrement redéfinis (dans le sens fort du terme) et deviennent oeuvre d’art. Comme tout bonne oeuvre d’art qui se respecte, ils sont alors exposés dans les musées, pour des expositions, dans des galeries et, bien évidemment, achetés et placés chez des particuliers.
L’auteur pousse l’idée encore un peu plus loin : non seulement, hommes et femmes, peuvent devenir tableaux, sculptures… mais ils peuvent également devenir des objets de décoration : lampe, table, chaise…
Dans ce contexte qui donne à réfléchir, on suit les traces d’une jeune femme, Clara, qui rêve d’être apprêtée par le plus grand artiste du moment. Parallèlement, une enquête est en cours sur le meurtre de plusieurs personnes qui font office de tableau. À moins qu’il ne s’agisse de la lacération de plusieurs oeuvres d’art… Chaque personnage aura son point de vue sur la chose : destruction de pièces artistiques ou assassinats.
Ce roman décrit un monde froid, glacial où il n’est pas de mise d’exprimer ses émotions. Elles sont présentes, palpables mais jamais communiquées. Le contrôle de soi est la norme, tout est rationnel et rationalisé. Cela créé inévitablement des tensions, les personnages étant perpétuellement au bord de la rupture.
Un roman qui donne à réfléchir sans vraiment proposer de réponses. (Le plus intéressant, c’est bien les questions, non ?) Il pousse à la réflexion sur différentes notions et concepts, et sur certaines dérives. Le Beau, le corps, le regard de l’Autre, la rationalisation poussée à l’extrême, l’individualisme, la liberté, une certaine forme de totalitarisme…
Un seul petit bémol : tous les actes des personnages sont expliqués en regard d’expériences vécues lors de l’enfance ou de la relation avec le père ou la mère. Je suis vraiment loin de partager cette vue psychanalytique des choses. On ne va pas se lancer dans le débat ici (c’est un sujet beaucoup trop vaste et complexe) mais, pour faire court, je trouve ça un peu réducteur de tout, tout, tout décortiquer de cette manière.