Les Aventures de B. Log

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B. Log et “De si jolis chevaux” février 2, 2009

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 12:29
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Un livre rude, aux frontières…
Entre les Etats-Unis et le Mexique, à la naissance de notre civilisation industrielle (quelques passages saisissants où le cavalier longe les routes texanes “scotché” sur les bas-côtés par l’air remué des semi-remorques), entre l’adolescence et l’âge adulte, entre nature et civilisation…

Un extrait, pour ne rien devoir en raconter et tout dire à la fois :

“… et il restait là avec son chapeau à la main et il l’appela son Abuela et il lui dit adieu en espagnol puis il fit demi-tour et remit son chapeau et tourna son visage humide vers le vent et resta un moment les bras tendus devant lui comme pour reprendre l’équilibre ou bénir la terre là où il était ou peut-être pour ralentir le monde qui fuyait dans sa course folle et semblait n’avoir nul souci ni des vieux ni des jeunes ni des riches ni des pauvres ni des basanés ni des visages pâles ni de lui ni d’elle. Nul souci de leurs luttes, nul souci de leurs noms. Nul souci des vivants ni des morts.”

Cormac Mc Carthy : “De si joli chevaux” (Actes Sud, France, 1993)

 

B. Log et la sorcellerie capitaliste janvier 20, 2009

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 3:11
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Au hasard de mes expéditions à la bibliothèque, je suis tombée sur un livre au titre pour le moins interpellant, voire même provocateur : “La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement”.

Si mon attention n’avait directement été attirée sur les auteurs, Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, je me serais sans doute fort méfiée.  (“Encore un livre altermondialiste qui propose une solution toute faite, la panacée universelle, pour se débarrasser du capitalisme. Mouais.”)
Je ne connais pas Philippe Pignarre mais Isabelle Stengers est un professeur qui m’a vraiment marquée quant à l’acuité et la finesse de ses raisonnements qui, en même temps, ne ménageaient jamais ni la chèvre, ni le choux.
Etre à la fois très direct, sans détours, et nuancé, sans jamais perdre le fil, une belle leçon pour les apprentis philosophes que nous étions… et que je suis encore toujours…

C’est finalement très curieuse que je me lance dans le bouquin, pressée de savoir quelles pratiques de désenvoûtement sont proposées.
Et d’emblée, on est prévenus : les auteurs n’ont aucune prétention à proposer quoi que ce soit comme solution. Ce n’est pas le but du tout. D’ailleurs ils ne se posent pas comme sachants, je veux dire par là, ayant un savoir que généreusement ils veulent bien partager avec nous, pauvres et malheureux ignorants.

D’ailleurs, ils mettent en place une pratique inhabituelle : les premières épreuves ont été publiées sur le net pour que tout le monde puisse y jeter un oeil. Une belle idée, à mon sens, qui a permis de faire quelques aménagements, de préciser quelques arguments. Une des réactions, celle d’Anne Vièle, servira d’ailleurs de postface à un livre qui d’emblée prend une dimension collective. On est loin de l’image de l’écrivain, de l’intellectuel enfermé dans sa haute tour travaillant en solitaire, explorant sans relâche le monde… des idées.
Et, pour aller jusqu’au fond de l’idée, ils ne se considèrent pas comme ayant un droit de propriété intellectuelle sur le livre. Il est écrit pour ceux qui vont s’emparer des idées et le reste n’a aucune espèce d’importance.

Ils plantent donc le décor en se définissant comme des “jeteurs de sonde” : ” Les jeteurs de sonde ont beau se tenir à l’avant d’une barque, ils ne regardent pas au loin. Ils ne peuvent pas dire les buts, ni surtout les choisir. Leur souci, leur responsabilité, ce pour quoi ils sont outillés, ce sont les rapides où l’on se fracasse, les écueils où l’on bute, les bancs de sable où l’on s’enlise. [...] Les jeteurs de sonde peuvent se tromper, mais ils savent que le fait qu’ils repèrent juste ou non n’a pas la moindre importance si on ne les entend pas.”
A partir du cri, surgi à Seattle le 30 novembre 1999, “Un autre monde est possible”, ils entendent se positionner en jeteurs de sonde, parce que ce cri leur a donné envie de se mobiliser, de tâter le terrain – comme le jeteur de sonde scrute les eaux pour que son embarcation puisse passer -, de tenter quelques chose, parce que ce cri provenant de tous ces gens qui se sont retrouvés alors qu’ils venaient avec des revendications différentes leur paraît porteur, comme un début de quelque chose.

Et tout d’abord, ils tâtent la chose “capitalisme”. De nouveau, rien de généralisateur, pas de conceptualisation, pas de “fuite” dans l’abstraction. Deux, trois éléments très concrets, de terrain : les alternatives infernales, les ‘il faut bien’, les petites mains…
Et puis quelques recettes, oui, des recettes, comme on parle des recettes de grand-mère, ces trucs qu’on ne comprend pas toujours très bien, qu’on applique, qu’on adapte, et pour lesquels, finalement, on peut dire : “ça marche”… Mais oui, le genre de petits trucs qui fait que la sauce prend : “à tel moment, rajoute un peu d’eau (ou de lait ou de crème), tu verras ta sauce sera nickel.”
Des petites choses toutes simples mais “il fallait y penser” : oser quitter le terrain inconnu, remettre en question les idées reçues; oser se dire fragile, pour apprendre à se protéger; réactiver l’histoire aussi pour y puiser des idées, tout n’a pas toujours été comme ça, le monde a fonctionné autrement et cela peut peut-être nous apprendre quelque chose; trouver les interstices et y faire son trou; avoir besoin que les gens pensent.
Tout ça par petites touches, avec beaucoup de tâtonnements, d’hésitations, par essai et erreur, à plusieurs bien sûr, en ne considérant jamais rien pour acquis, pour définitif.
Pfou… ça fait du boulot ! Il va falloir se creuser les méninges, imaginer des trucs, tordre les problèmes dans tous les sens, discuter et discuter et réfléchir, remonter ses manches et mettre la main à la pâte… Il va falloir aussi prendre des risques, ou plutôt, courir le risque, accepter d’aller un peu à tâtons, tenter le coup…
S’aider avec les quelques recettes proposées dans le livre, avec les expériences des autres aussi (le livre présente quelques aventures de ce type où “ça a marché”), avec des “trucs” que l’histoire peut nous proposer, en s’inspirant de groupes qui sont en lutte depuis longtemps.

Tout le mérite du livre est là à mon avis, dans le fait qu’aucune solution globale n’est jamais proposée mais que chacun est encouragé à mettre en place des petites solutions pratiques, de proposer à chacun de s’attaquer à son “morceau de capitalisme” parce que les grandes théories généralisantes, finalement, c’est souvent contraignant et que le capitalisme, c’est trop vaste, trop diffus, pour être attaqué de front. Ce livre remet tout simplement les choses à un niveau humain…

A chacun maintenant d’y trouver ses ingrédients, ses “recettes-miracles” et de les adapter à son “morceau de capitalisme”…

Voici également une conclusion qui résume bien les choses par rapport à ce livre, celle de Mona Chollet :  “Reste un livre atypique et stimulant, qui, sans renier l’héritage des luttes passées, desserre un peu l’étau de routine usée dont restent trop souvent prisonniers ceux qui ne se satisfont pas de l’état du monde. Et fournit de précieux concepts-outils à tous ceux qui cherchent comment « habiter à nouveau les zones d’expérience dévastées ».”

Lire toute la critique de Mona Chollet.

Philippe Pignarre et Isabelle Stengers : “La Sorcellerie capitaliste – Pratiques de désenvoûtement”
Editions La Découverte.

 

B. Log et l’éthique animale octobre 27, 2008

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 5:21
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Voici une lecture conseillée à toute personne qui se pose des questions en regardant une cuisse de poulet dans son assiette, le chien de la voisine jouer avec un bâton, un taureau dans une arène, une girafe dans un zoo… À vue de nez, il semble quasiment impossible d’avoir une réflexion cohérente qui permette d’englober les quatre cas. Et il est vrai que dans les journaux, à la télé, quand il est question de nos rapports aux animaux, c’est presque toujours du cas par cas.
Ce livre, “Éthique animale”, a le mérite et l’ambition de poser un regard sur la question en général. Un sacré morceau. D’autant plus que, non seulement, il s’interroge sur notre rapport aux animaux en général mais en plus, il se propose de dresser un état des lieux des différentes systèmes de pensée sur le sujet.
Vaste programme.

Pour arriver à ses fins, il se divise en deux parties : la première est consacrée aux différentes théories sur l’éthique animale, la seconde parcourt une série de cas pratiques où il y a lieu de s’interroger sur l’éthique de nos comportements face aux animaux. Cela va de l’élevage industriel des poules et des vaches à la corrida, en passant par l’expérimentation animale, nos rapports aux animaux domestiques, les zoos, le cirque…

Les deux parties sont totalement indépendantes et il est possible de lire la deuxième après la première ou l’inverse sans que cela nuise du tout à la compréhension générale du livre.

Sans hésitation aucune, l’état des lieux que se propose de constituer ce livre est précieux. Il permet de se repositionner par rapport à toutes une série de questions, de se questionner aussi : sur ses préjugés, ses habitudes, ses croyances…, de remettre en question toute une série d’idées reçues, de mettre en branle une réflexion qui puisse aborder nos relations à l’animal dans toutes ses ramifications possibles.

Pourtant et malheureusement, ce livre rate à mon avis le coche sur un point.
Je m’explique.
Dès le départ, l’auteur annonce son projet de présenter de la manière la plus objective possible un panorama des courants de pensée.
De fait, il nous entraîne dans l’histoire, de l’Antiquité à la naissance du début contemporain, pour tracer à grand traits les différentes évolutions de la réflexion sur l’éthique animale.
Mais dès le troisième point de cette première partie, intitulé “Les Principales positions”, les courants de pensée sont plus critiqués à l’aune de l’éthique de Peter Singer que présentés de la manière la plus objective possible. Ce qui ne permet pas d’avoir une vision claire et précise des tenants et aboutissants de tel ou tel courant.
L’exercice qui consiste en la présentation la plus objective possible d’un mouvement philosophique est certes périlleux et difficile à mener jusqu’au bout, surtout en ce qui concerne l’éthique et la morale.
Mais pour cette partie, l’intention affichée du livre n’est pas du tout réalisée.
Soyons clairs, ce n’est pas l’éthique de Peter Singer qui est critiquable ici. Que du contraire, elle apparaît comme toute à fait pertinente et fouillée. C’est la distorsion entre l’intention affichée de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et ce qui se retrouve effectivement dans le livre.

Malgré ce bémol, le livre a le mérite de mettre à plat certaines notions-clés, comme l’antispécisme, la souffrance, le bien-être, de démonter certains discours-alibis (celui des chasseurs, des éleveurs par exemple) avec une clarté et une aisance remarquable. En cela, il est essentiel.

Reste par la suite à continuer le voyage, que ce soit du côté de l’utilitarisme, du welfairsime ou même de l’abolitionnisme…

Jean-Baptiste JEANGÈNE VILMER : “Ethique animale”
(Presses Universitaires de France, Paris, 2008 )

 

B. Log, l’oeuvre d’art et la mort juillet 3, 2008

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 10:16

Depuis quelques mois, les articles abondent sur des artistes qui, d’une façon ou d’une autre, mettent la mort en art. Il s’agit surtout de Gregor Schneider qui a le projet d’exposer un homme mourant au musée Haus Lange de Krefeld, en Allemagne et de Guillermo Vargas qui a secoué le monde de l’art contemporain (et celui de la protection animale) en exposant un chien agonisant.
Questionnement sur le corps ? Étape dans le travail consistant à repousser toujours et encore les limites de l’extrême, de ce qui est “exposable” ?
Ma grand-mère dirait en secouant la tête de gauche à droite et de droite à gauche d’un air désolé : “Mais où va-t-on ?”

Pour alimenter la réflexion, je vous propose un roman, que j’ai lu quelques jours avant que n’apparaissent les premiers articles sur le sujet. Le hasard fait bien les choses, isn’t it ?

Paru chez Actes Sud (je sais, je sais, la grosse majorité des romans que j’ai lus ont été édités chez Actes Sud, c’est grave, Docteur ?), il a pour titre : “Clara et la pénombre” et pour auteur José Carlos Somoza.
L’histoire se déroule dans un futur que l’on imagine proche mais la temporalité n’est pas définie clairement.
Dans ce futur, les tableaux et oeuvres d’art que nous connaissons sont complètement dépassés : ce sont des hommes et des femmes qui font figure de toile. Les artistes les peignent, définissent leur expression, leur posture… Ils sont entièrement redéfinis (dans le sens fort du terme) et deviennent oeuvre d’art. Comme tout bonne oeuvre d’art qui se respecte, ils sont alors exposés dans les musées, pour des expositions, dans des galeries et, bien évidemment, achetés et placés chez des particuliers.
L’auteur pousse l’idée encore un peu plus loin : non seulement, hommes et femmes, peuvent devenir tableaux, sculptures… mais ils peuvent également devenir des objets de décoration : lampe, table, chaise…
Dans ce contexte qui donne à réfléchir, on suit les traces d’une jeune femme, Clara, qui rêve d’être apprêtée par le plus grand artiste du moment. Parallèlement, une enquête est en cours sur le meurtre de plusieurs personnes qui font office de tableau. À moins qu’il ne s’agisse de la lacération de plusieurs oeuvres d’art… Chaque personnage aura son point de vue sur la chose : destruction de pièces artistiques ou assassinats.

Ce roman décrit un monde froid, glacial où il n’est pas de mise d’exprimer ses émotions. Elles sont présentes, palpables mais jamais communiquées. Le contrôle de soi est la norme, tout est rationnel et rationalisé. Cela créé inévitablement des tensions, les personnages étant perpétuellement au bord de la rupture.

Un roman qui donne à réfléchir sans vraiment proposer de réponses. (Le plus intéressant, c’est bien les questions, non ?) Il pousse à la réflexion sur différentes notions et concepts, et sur certaines dérives. Le Beau, le corps, le regard de l’Autre, la rationalisation poussée à l’extrême, l’individualisme, la liberté, une certaine forme de totalitarisme…

Un seul petit bémol : tous les actes des personnages sont expliqués en regard d’expériences vécues lors de l’enfance ou de la relation avec le père ou la mère. Je suis vraiment loin de partager cette vue psychanalytique des choses. On ne va pas se lancer dans le débat ici (c’est un sujet beaucoup trop vaste et complexe) mais, pour faire court, je trouve ça un peu réducteur de tout, tout, tout décortiquer de cette manière.

 

B. Log et Loney, Dear, Nancy Huston et les autres octobre 5, 2007

Classé dans : Aventures sonores, Aventures sur papier, Aventures visuelles — B. Log @ 3:34

Petit tour d’horizon des petites choses magnifiques qui me sont tombées dans les mains ces derniers temps.

En musique, je cite en tout premier parce que j’ai vraiment, vraiment beaucoup aimé : l’album “Loney, Noir” de Loney, Dear. J’avais bien aimé son autre album “Sologne” – j’en ai parlé dans ce blog je crois. Du coup, j’ai emprunté un autre album : “Loney, Noir”. Je l’ai trouvé fantastique avec son côté mystérieux, beaucoup mieux que l’autre. Quelle ambiance étrange, sombre (ben oui!) et tout en légèreté en même temps !!

Un autre album plus que remarquable : Anthony Joseph & The Spasm Band “Leggo de Lion”. Un CD Spoken-word qui a eu le “titre” de CD du mois à la Médiathèque. Quel groove ! Quelle tension ! Et tout ça avec des instruments qui restent en retrait par rapport à la voix. Très bien !

En musiques du monde, il faut pointer le très beau double disque de Didier François avec d’une part Gilles Chabenat (“Dans l’oubli du sommeil”) et d’autre part Gabriel Yacoub (“Brand New World”). On n’en trouve pas beaucoup de ces albums qui installent une telle ambiance, exhalent une telle personnalité, développent de telles émotions. Un grand disque.

En cinéma, j’ai vu “La Méthode” de Marcelo Pineyro. En une phrase ? Une démonstration brillante, sans concessions, de ce que le monde du travail peut exiger, des extrêmes auquel il pousse…

En littérature, deux romans à pointer, tous deux chez Actes Sud (décidément) : un ouvrage assez court de Nancy Huston “Instrument des ténèbres” et “Derniers verres”, écrit par Andrew McGahan.

J’avais dévoré “Professeurs de désespoir” de Nancy Huston, un livre où elle s’en prend à ces écrivains nihilistes qui ont eu et ont tant de succès. Un grand bol de joie de vivre !

“Instruments des ténèbres” est en deux volets : d’une part, il y a les réflexions existentielles – mais sans la connotation péjorative du mot – de la narratrice qui est en fait en train d’écrire un livre, on chemine pas à pas avec elle au fil de ses pensées; d’autre part, il y a l’histoire qu’elle écrit, c’est-à-dire, l’histoire, qui se déroule au Moyen-Age, de la vie de deux jumeaux séparés à leur naissance. Au début, je n’accrochais pas vraiment, les propos de l’écrivain m’énervaient un peu… Je les lisais avec impatience pour arriver au récit des jumeaux qui est d’emblée très prenant. Mais finalement, c’est un très beau livre sur l’incommunicabilité et la complexité des relations familiales, sur ces événements douloureux qui nous tourmentent pendant de longues années et conditionnent nombre de nos actes.

Enfin, il y a ce livre australien paru dans la nouvelle collection d’Actes Sud “Actes Noirs”. Vous l’aurez compris, cette nouvelle collection se consacre à un genre: le roman policier. Ce qui a de chouette, c’est qu’ils nous arrivent des quatre coins du monde, ces romans. Et c’est donc à chaque fois, une société, une culture qui se dévoilent au fil d’une enquête policière en général prenante. Le roman dont il est ici question s’intitule : “Derniers verres”. L’enquête policière, mais parfois on a le sentiment qu’elle passe au second plan, se déroule sur fond de province corrompue, de politiciens qui s’en mettent plein les poches, de passivité totale de la population. En même temps, c’est toute la vie d’un journaliste alcoolique qui défile sous nos yeux. Il se retrouve, un peu malgré lui, au coeur d’une affaire qui le dépasse complètement et qui réveille en lui bien des fantômes, notamment celui de la bouteille. D’où regrets, remises en question, aveu d’échec, espoirs, remords… Au-delà de l’enquête policière, c’est surtout ce personnage qui m’a fait aimé le livre. Car, au final, il s’agit de bien plus qu’un roman policier – sans vouloir être négative par rapport au roman policier, c’est un genre que j’adore -, c’est une vie qui s’offre dans toute sa nudité, férocement, sans aucune concession, ni compassion et, forcément, qui nous renvoie à nous-mêmes et nous fait réfléchir.

 

B. Log et Dominique Sigaud août 9, 2007

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 2:53

Ok. C’est vrai, je devrais plutôt vous parler de CD et de DVD. Au lieu de cela, je cause “bouquins”.

Mais là, ça fait un bail que ça me démange. Il fallait absolument que je parle de Dominique Sigaud à quelqu’un. Surtout de “The Dark Side of the Moon” et “De chape et de plomb”.

À vrai dire, j’ai lu trois livres de Dominique Sigaud : les deux déjà cités et un troisième “Blue Moon”. Celui-là, je n’ai pas vraiment aimé : elle se lance dans une histoire sur le couloir de la mort, le meurtre d’une Blanche par un Noir, l’enfance difficile, le racisme – forcément – e tutti quanti et elle s’embourbe pas mal. Ou plutôt non, c’est le contraire, elle ne va jamais au fond des choses, elle les survole et, du coup, traite de façon relativement banale de sujets dont on parle beaucoup et toujours de la même façon.

Donc “Blue Moon”, bof, bof.

Par contre, “The Dark Side of the Moon” m’a retournée. C’est lui qui m’a fait découvrir cette auteure, qui a d’abord été journaliste. Le livre a été choisi un peu par hasard. Il était édité par Actes Sud et j’ai une tendance indécrottable à me précipiter sur tout ce qui est édité par cette maison d’édition – je vous parlerai une autre fois de quelques autres merveilles que j’ai découvertes chez eux.

Ce livre ne parle évidemment pas des Pink Floyd. Vraiment rien à voir. L’”héroïne”, si on peut l’appeler comme ça, est journaliste dans un pays d’Amérique du Sud. Au début de l’histoire, elle est, en voiture, sur le chemin de sa maison, après avoir rencontré un homme qui a subi la torture sous le régime qui gouverne toujours le pays. Elle est arrêtée par des militaires et emmenée dans un endroit où elle sait bien qu’elle subira la même chose que ce qui vient de lui être raconté…

Et là commence une épopée intérieure. On vit tout ce qui se passe dans la tête et dans le coeur de la journaliste : les peurs, les révoltes, les dégoûts, l’abattement…

Difficile d’en dire plus. Dit comme cela, on dirait un livre d’une banalité effarante comme on en a déjà fait trois millions sur la torture et la souffrance. Et bien non, c’est un livre très dur – forcément – mais peu de choses sont racontées hormis son cheminement intérieur et celui de ses tortionnaires. Et ce cheminement intérieur est décrit de manière époustouflante. On passe par tant d’étapes, par tant d’émotions et de réflexions. Impossible de sortir intact(e) de ce livre…

L’autre livre “De chape et de plomb” est d’une toute autre veine : c’est un policier.

Sous cette forme, elle décrit en fait le duel entre un psychanalyste dont la femme s’est suicidée et l’inspecteur en charge de l’affaire. Tous deux sont désillusionnés, un peu déçus de la vie. Ils n’en attendent, n’en espèrent plus grand chose. Des monologues intérieurs nous permettent de faire “plus ample connaissance” avec les protagonistes. Ce qui enrichit évidemment de manière considérable le “duel”.

Un roman gris avec quelques belles explosions rouges qui, à partir d’une histoire policière presque banale, explore quelques versants de notre société contemporaine. Le bilan est rude.