Les Aventures de B. Log

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B. Log, l’oeuvre d’art et la mort juillet 3, 2008

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 10:16

Depuis quelques mois, les articles abondent sur des artistes qui, d’une façon ou d’une autre, mettent la mort en art. Il s’agit surtout de Gregor Schneider qui a le projet d’exposer un homme mourant au musée Haus Lange de Krefeld, en Allemagne et de Guillermo Vargas qui a secoué le monde de l’art contemporain (et celui de la protection animale) en exposant un chien agonisant.
Questionnement sur le corps ? Étape dans le travail consistant à repousser toujours et encore les limites de l’extrême, de ce qui est “exposable” ?
Ma grand-mère dirait en secouant la tête de gauche à droite et de droite à gauche d’un air désolé : “Mais où va-t-on ?”

Pour alimenter la réflexion, je vous propose un roman, que j’ai lu quelques jours avant que n’apparaissent les premiers articles sur le sujet. Le hasard fait bien les choses, isn’t it ?

Paru chez Actes Sud (je sais, je sais, la grosse majorité des romans que j’ai lus ont été édités chez Actes Sud, c’est grave, Docteur ?), il a pour titre : “Clara et la pénombre” et pour auteur José Carlos Somoza.
L’histoire se déroule dans un futur que l’on imagine proche mais la temporalité n’est pas définie clairement.
Dans ce futur, les tableaux et oeuvres d’art que nous connaissons sont complètement dépassés : ce sont des hommes et des femmes qui font figure de toile. Les artistes les peignent, définissent leur expression, leur posture… Ils sont entièrement redéfinis (dans le sens fort du terme) et deviennent oeuvre d’art. Comme tout bonne oeuvre d’art qui se respecte, ils sont alors exposés dans les musées, pour des expositions, dans des galeries et, bien évidemment, achetés et placés chez des particuliers.
L’auteur pousse l’idée encore un peu plus loin : non seulement, hommes et femmes, peuvent devenir tableaux, sculptures… mais ils peuvent également devenir des objets de décoration : lampe, table, chaise…
Dans ce contexte qui donne à réfléchir, on suit les traces d’une jeune femme, Clara, qui rêve d’être apprêtée par le plus grand artiste du moment. Parallèlement, une enquête est en cours sur le meurtre de plusieurs personnes qui font office de tableau. À moins qu’il ne s’agisse de la lacération de plusieurs oeuvres d’art… Chaque personnage aura son point de vue sur la chose : destruction de pièces artistiques ou assassinats.

Ce roman décrit un monde froid, glacial où il n’est pas de mise d’exprimer ses émotions. Elles sont présentes, palpables mais jamais communiquées. Le contrôle de soi est la norme, tout est rationnel et rationalisé. Cela créé inévitablement des tensions, les personnages étant perpétuellement au bord de la rupture.

Un roman qui donne à réfléchir sans vraiment proposer de réponses. (Le plus intéressant, c’est bien les questions, non ?) Il pousse à la réflexion sur différentes notions et concepts, et sur certaines dérives. Le Beau, le corps, le regard de l’Autre, la rationalisation poussée à l’extrême, l’individualisme, la liberté, une certaine forme de totalitarisme…

Un seul petit bémol : tous les actes des personnages sont expliqués en regard d’expériences vécues lors de l’enfance ou de la relation avec le père ou la mère. Je suis vraiment loin de partager cette vue psychanalytique des choses. On ne va pas se lancer dans le débat ici (c’est un sujet beaucoup trop vaste et complexe) mais, pour faire court, je trouve ça un peu réducteur de tout, tout, tout décortiquer de cette manière.

 

B. Log et Loney, Dear, Nancy Huston et les autres octobre 5, 2007

Classé dans : Aventures sonores, Aventures sur papier, Aventures visuelles — B. Log @ 3:34

Petit tour d’horizon des petites choses magnifiques qui me sont tombées dans les mains ces derniers temps.

En musique, je cite en tout premier parce que j’ai vraiment, vraiment beaucoup aimé : l’album “Loney, Noir” de Loney, Dear. J’avais bien aimé son autre album “Sologne” - j’en ai parlé dans ce blog je crois. Du coup, j’ai emprunté un autre album : “Loney, Noir”. Je l’ai trouvé fantastique avec son côté mystérieux, beaucoup mieux que l’autre. Quelle ambiance étrange, sombre (ben oui!) et tout en légèreté en même temps !!

Un autre album plus que remarquable : Anthony Joseph & The Spasm Band “Leggo de Lion”. Un CD Spoken-word qui a eu le “titre” de CD du mois à la Médiathèque. Quel groove ! Quelle tension ! Et tout ça avec des instruments qui restent en retrait par rapport à la voix. Très bien !

En musiques du monde, il faut pointer le très beau double disque de Didier François avec d’une part Gilles Chabenat (“Dans l’oubli du sommeil”) et d’autre part Gabriel Yacoub (“Brand New World”). On n’en trouve pas beaucoup de ces albums qui installent une telle ambiance, exhalent une telle personnalité, développent de telles émotions. Un grand disque.

En cinéma, j’ai vu “La Méthode” de Marcelo Pineyro. En une phrase ? Une démonstration brillante, sans concessions, de ce que le monde du travail peut exiger, des extrêmes auquel il pousse…

En littérature, deux romans à pointer, tous deux chez Actes Sud (décidément) : un ouvrage assez court de Nancy Huston “Instrument des ténèbres” et “Derniers verres”, écrit par Andrew McGahan.

J’avais dévoré “Professeurs de désespoir” de Nancy Huston, un livre où elle s’en prend à ces écrivains nihilistes qui ont eu et ont tant de succès. Un grand bol de joie de vivre !

“Instruments des ténèbres” est en deux volets : d’une part, il y a les réflexions existentielles - mais sans la connotation péjorative du mot - de la narratrice qui est en fait en train d’écrire un livre, on chemine pas à pas avec elle au fil de ses pensées; d’autre part, il y a l’histoire qu’elle écrit, c’est-à-dire, l’histoire, qui se déroule au Moyen-Age, de la vie de deux jumeaux séparés à leur naissance. Au début, je n’accrochais pas vraiment, les propos de l’écrivain m’énervaient un peu… Je les lisais avec impatience pour arriver au récit des jumeaux qui est d’emblée très prenant. Mais finalement, c’est un très beau livre sur l’incommunicabilité et la complexité des relations familiales, sur ces événements douloureux qui nous tourmentent pendant de longues années et conditionnent nombre de nos actes.

Enfin, il y a ce livre australien paru dans la nouvelle collection d’Actes Sud “Actes Noirs”. Vous l’aurez compris, cette nouvelle collection se consacre à un genre: le roman policier. Ce qui a de chouette, c’est qu’ils nous arrivent des quatre coins du monde, ces romans. Et c’est donc à chaque fois, une société, une culture qui se dévoilent au fil d’une enquête policière en général prenante. Le roman dont il est ici question s’intitule : “Derniers verres”. L’enquête policière, mais parfois on a le sentiment qu’elle passe au second plan, se déroule sur fond de province corrompue, de politiciens qui s’en mettent plein les poches, de passivité totale de la population. En même temps, c’est toute la vie d’un journaliste alcoolique qui défile sous nos yeux. Il se retrouve, un peu malgré lui, au coeur d’une affaire qui le dépasse complètement et qui réveille en lui bien des fantômes, notamment celui de la bouteille. D’où regrets, remises en question, aveu d’échec, espoirs, remords… Au-delà de l’enquête policière, c’est surtout ce personnage qui m’a fait aimé le livre. Car, au final, il s’agit de bien plus qu’un roman policier - sans vouloir être négative par rapport au roman policier, c’est un genre que j’adore -, c’est une vie qui s’offre dans toute sa nudité, férocement, sans aucune concession, ni compassion et, forcément, qui nous renvoie à nous-mêmes et nous fait réfléchir.

 

B. Log et Dominique Sigaud août 9, 2007

Classé dans : Aventures sur papier — B. Log @ 2:53

Ok. C’est vrai, je devrais plutôt vous parler de CD et de DVD. Au lieu de cela, je cause “bouquins”.

Mais là, ça fait un bail que ça me démange. Il fallait absolument que je parle de Dominique Sigaud à quelqu’un. Surtout de “The Dark Side of the Moon” et “De chape et de plomb”.

À vrai dire, j’ai lu trois livres de Dominique Sigaud : les deux déjà cités et un troisième “Blue Moon”. Celui-là, je n’ai pas vraiment aimé : elle se lance dans une histoire sur le couloir de la mort, le meurtre d’une Blanche par un Noir, l’enfance difficile, le racisme - forcément - e tutti quanti et elle s’embourbe pas mal. Ou plutôt non, c’est le contraire, elle ne va jamais au fond des choses, elle les survole et, du coup, traite de façon relativement banale de sujets dont on parle beaucoup et toujours de la même façon.

Donc “Blue Moon”, bof, bof.

Par contre, “The Dark Side of the Moon” m’a retournée. C’est lui qui m’a fait découvrir cette auteure, qui a d’abord été journaliste. Le livre a été choisi un peu par hasard. Il était édité par Actes Sud et j’ai une tendance indécrottable à me précipiter sur tout ce qui est édité par cette maison d’édition - je vous parlerai une autre fois de quelques autres merveilles que j’ai découvertes chez eux.

Ce livre ne parle évidemment pas des Pink Floyd. Vraiment rien à voir. L’”héroïne”, si on peut l’appeler comme ça, est journaliste dans un pays d’Amérique du Sud. Au début de l’histoire, elle est, en voiture, sur le chemin de sa maison, après avoir rencontré un homme qui a subi la torture sous le régime qui gouverne toujours le pays. Elle est arrêtée par des militaires et emmenée dans un endroit où elle sait bien qu’elle subira la même chose que ce qui vient de lui être raconté…

Et là commence une épopée intérieure. On vit tout ce qui se passe dans la tête et dans le coeur de la journaliste : les peurs, les révoltes, les dégoûts, l’abattement…

Difficile d’en dire plus. Dit comme cela, on dirait un livre d’une banalité effarante comme on en a déjà fait trois millions sur la torture et la souffrance. Et bien non, c’est un livre très dur - forcément - mais peu de choses sont racontées hormis son cheminement intérieur et celui de ses tortionnaires. Et ce cheminement intérieur est décrit de manière époustouflante. On passe par tant d’étapes, par tant d’émotions et de réflexions. Impossible de sortir intact(e) de ce livre…

L’autre livre “De chape et de plomb” est d’une toute autre veine : c’est un policier.

Sous cette forme, elle décrit en fait le duel entre un psychanalyste dont la femme s’est suicidée et l’inspecteur en charge de l’affaire. Tous deux sont désillusionnés, un peu déçus de la vie. Ils n’en attendent, n’en espèrent plus grand chose. Des monologues intérieurs nous permettent de faire “plus ample connaissance” avec les protagonistes. Ce qui enrichit évidemment de manière considérable le “duel”.

Un roman gris avec quelques belles explosions rouges qui, à partir d’une histoire policière presque banale, explore quelques versants de notre société contemporaine. Le bilan est rude.